Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 116 - Oct 2018

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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

La plus jeune doyenne de l’Université algérienne

Le Pr Meriem Hind Ben-Mahdi, directrice de l’ESSAIA

Par Yahia MAOUCHI



C’est à l’âge de 37 ans, seulement, que le Pr Meriem-Hind Ben-Mahdi a été nommée à la tête d’une faculté de l’une des plus grandes universités d’Algérie, en l’occurrence celle de Saâd-Dahlab de Blida, devenant, ainsi, « la plus jeune doyenne ». Réputée pour sa compétence et son savoir-faire, mais également pour sa modestie et son ouverture d’esprit, le professeur Meriem Hind Ben-Mahdi a occupé de nombreux postes au sein de plusieurs écoles et universités algériennes. Les années lycée se sont déroulées sans encombre pour notre jeune professeur de 43 ans, qui a été major de promotion pendant tout son cursus passé au lycée de filles Omar-Racim d’Alger-Centre. « J’ai passé mon bac en 1991, « avec les chars » ; après c’était l’Ecole nationale supérieure vétérinaire d’Alger, jusqu’en 1996. C’était une période très dure, pendant laquelle nous avons malheureusement perdu notre directeur assassiné dans son bureau (le défunt Bekouche), et cela n’a pas été toujours évident, puisque nous étions confrontés en direct au terrorisme, et nous avons aussi et surtout perdu des proches », se souvient notre jeune directrice. Et comme à l’accoutumée, notre brillante directrice a été major de promotion pendant tout son cursus universitaire. « J’ai été major de promo, pendant mes cinq années passées à l’école vétérinaire d’Alger. Ensuite, j’ai décroché le premier prix maghrébin vétérinaire en 1996. La même année, j’ai bénéficié d’une bourse de coopération algéro-française de deux ans pour aller continuer mes études en France, précise notre interlocutrice. Ce qui m’a permis de m’inscrire à l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort qui délivrait des diplômes professionnels aux étrangers. Par la suite, je me suis inscrite à l’Université de Paris XI, dans trois spécialités en même temps. J’ai ainsi décroché une maitrise en immunopathologie, une seconde en cancérologie, et une troisième en physiologie et pathologie de la reproduction. » En parallèle, Mme Ben-Mahdi poursuit son maitre assistanat au service de médecine interne de Maisons-Alfort. L’année suivante, elle décroche son DEA en pharmacologie et biotechnologie, à la faculté de médecine Lariboisière-Saint-Louis, Université Denis-Diderot, Paris VII, avec une thèse qui portait sur « L’étude de l’expression d’un facteur angiogènique : le VEGF dans les cellules musculaires lisses de veine saphène humaine, influence des stéroïdes ovariens et de certains anticancéreux ». Par la suite, entre 1998 et 2002, la jeune dynamique directrice s’inscrit en thèse de doctorat d’Etat en pharmacologie et biologie, à la même faculté de médecine. Le thème de son doctorat portait sur la « Régulation par le stress oxydant de la signalisation intracellulaire de la cellule endothéliale : conséquences fonctionnelles ; étude des effets de certaines drogues sur la prévention et le traitement de différentes pathologies cardiovasculaires ». Entre temps, Mme Ben-Mahdi décroche son master en pharmacologie moléculaire, cellulaire, clinique, toxicologique et pharmaco-économie, au niveau de la même faculté de médecine. « Pour mon sujet de thèse, je me suis orientée vers quelque chose que j’ai aimé, et qui n’était pas vraiment à la mode à l’époque. C‘était le monde passionnant du stress oxydant et surtout de son implication dans différentes pathologies et sa prévention. Ensuite, dans le cadre de mon post-doc, j’ai aussi travaillé sur le développement des thérapies anticancéreuses et anti-angiogéniques, et c’est grâce à ce projet que j’ai été lauréate, en 2001, de l’Académie nationale de médecine de France » avoue-t-elle. L’ascension ne s’arrêtera pas là, puisque notre jeune professeur poursuit ses travaux de recherche postdoctoraux en initiant et gérant une étude sur la régulation d’un facteur angiogènique majeur : le VEGF dans la polyarthrite rhumatoïde humaine et l’intérêt de certaines thérapies anti-inflammatoires et antioxydantes dans sa prévention et son traitement». Après avoir soutenu son doctorat, notre jeune directrice affirme que plusieurs universités et entreprises pharmaceutiques lui avaient proposé des postes « séduisants », mais elle a choisi de rentrer en Algérie. « C’était l’appel de la patrie qui a primé. Il y a également cette fibre nationaliste que nous ont inculqué nos parents. Mon père qui était un cadre dirigeant dans plusieurs entreprises publiques, était un ancien du Malg. Il a quitté les bancs de la faculté de médecine en 1956 pour rejoindre l’ALN à l’âge de 20 ans », se targue-t-elle. « J’ai décidé alors de rentrer au bercail, et j’ai tenté ainsi ma chance en Algérie en rejoignant en décembre 2002, mon école d’origine qui était l’école vétérinaire. À l’époque, nous n’étions que trois titulaires de doctorat d’Etat, et à partir de là, mon aventure à l’école vétérinaire a démarré. Confrontée à un conflit générationnel, le chemin a été ardu et laborieux. Nous avons lancé par la suite les magisters à l’école vétérinaire, qui n’existaient pas avant. Nous avons également créé le premier laboratoire de recherche en 2006. Au jour d’aujourd’hui, les différentes spécialités que nous avons mises en place ont permis de former plus d’une centaine de magisters et de maitres-assistants et des dizaines de thèses de doctorat. Nous avons ainsi développé la recherche en médecine vétérinaire dans notre école et travaillé à son rayonnement et à son développement du mieux qui nous a été permis de le faire. Je crois que c’était un beau challenge » avoue-t-elle. L’ascension ne s’arrêtera pas là, puisque notre jeune directrice rejoint, en 2011 la Faculté des sciences agrovétérinaires et biologie, de l’Université Saâd-Dahlab, Blida, « C’était un nouveau défi en tant que jeune doyenne. J’avais à peine 37 ans, mes collègues de l’époque ont cru d’abord à un canular mais travailler avec moi leur a vite permis d’oublier mon âge et mon jeune physique... », se souvient-elle. « Blida c’était 14000 étudiants, trois facultés, 1000 employés, des centaines d’enseignants…, c’était un très grand défi, pas facile mais passionnant. Ça été une année dure durant laquelle j’ai appris énormément. Nous avons beaucoup travaillé, à la faculté de Blida, à la réhabilitation de ses structures, d’une part mais aussi à son développement pédagogique et à sa structuration organique et administrative. J’en garde un souvenir émue et une très belle expérience humaine », se rappelle-t-elle. Ensuite, fin 2012, Mme Ben-Mahdi revient à l’Ecole nationale supérieure vétérinaire d’El Harrach. « J’ai pris la direction du laboratoire de recherche « Santé et Production animales » au niveau de l’école. Et là, c’était le nouveau challenge, parce qu’il fallait installer et faire fonctionner le laboratoire. Un défi que nous avons pu relever avec mes collègues. » Entretemps, Mme Ben-Mahdi s’intéresse aux nouvelles techniques de l’information et de la communication. « J’ai soutenu une thèse sur la conception et le fonctionnement de formation de cours en ligne sur plateforme numérique. C’était aussi l’occasion de me remettre en question en tant qu’enseignante et d’améliorer mes compétences en la matière » se rappelle-t-elle. « Enfin en 2015, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique m’a proposé la direction de l’Ecole préparatoire des sciences de la nature et de la vie d’Alger et surtout m’a confié le projet de sa transformation en future Ecole supérieure des sciences de l’aliment et des industries agroalimentaires (ESSAIA). Une proposition que je ne pouvais pas, bien-sûr, refuser», nous déclare avec fierté notre jeune directrice. Interrogée sur la chose qui l’a le plus marquée dans sa vie, notre interlocutrice répond sans hésitation : « C’était le jour de l’obtention du diplôme d’ophtalmologie de ma petite sœur Naila, un moment qui a été très important pour toute la famille. »
Y. M.



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