Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

« Il faut dispenser une formation de qualité et développer des spécialités utiles »

Le Pr Meriem-Hind Ben-Mahdi, directrice de l’ESSAIA

Entretien réalisé par Yahia MAOUCHI



El-Djazaïr.com : L’ESSAIA a organisé récemment ses 2es Rencontres scientifiques internationales, peut-on savoir quelles sont les principales conclusions et recommandations de ces rencontres ?  

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : La protection et la sensibilisation du consommateur sont devenues une priorité pour l’Etat algérien. A cet effet, l’opérateur économique doit veiller aux bonnes pratiques d’hygiène en termes de manipulation et de fabrication des denrées alimentaires. Et cela implique la formation des industriels et leur accompagnement dans le cadre de la mise en place du pack d’hygiène, suite à la promulgation du décret exécutif n°17-140 du 11 avril 2017, fixant les conditions d’hygiène et de salubrité lors du processus de mise à la consommation des denrées alimentaires destinées à la consommation humaine. Cet accompagnement passe non seulement par la mise à niveau des personnels impliqués dans les opérations de fabrication, de transformation et de manipulation des aliments, mais aussi par la sensibilisation et la promotion de la prévention, que ce soit au niveau de la maison, de la restauration collective, ou au niveau du milieu industriel.

El-Djazaïr.com : Les objectifs tracés sont-ils atteints ?       
    
Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi: Globalement nos objectifs sont atteints, mais comme je le dis souvent : on peut toujours mieux faire, c’est clair. Maintenant, il nous reste à mettre en application toutes les recommandations. Cet événement n’est qu’un point de départ. Il n’est pas une fin en soi. En fait, nous allons maintenant décliner le sujet en fonction des filières. On va spécialiser de plus en plus notre approche, et les filières concernées, en se focalisant beaucoup plus sur le volet pratique et opérationnel de la chose. Le lendemain de ces rencontres, nous avons organisé un premier atelier pour nos enseignants avec un expert pour compléter leur formation. L’objectif en termes de sensibilisation et de prise de conscience a été atteint. La preuve, l’événement a été marqué par la présence des opérateurs industriels, des représentants des collectivités locales, des vétérinaires des bureaux d’hygiène, des corps constitués… Nous avons perçu qu’il y avait un besoin d’information et de communication. Alors, je pense que le premier message est bien passé.      

El-Djazaïr.com : Quelle vision portez-vous sur le secteur de l’agroalimentaire en Algérie ?   

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi :  Il s’agit d’un secteur au potentiel énorme, extrêmement dynamique, et qui a des perspectives extraordinaires de développement. Maintenant, il faut qu’on aille vers la diversification des produits, et vers des aliments de meilleure facture nutritionnelle et organoleptique. Il faudrait aussi qu’on arrive à développer de plus en plus nos propres produits et cela passe par l’innovation des process de production et de distribution. Pour cela, il faut absolument valoriser les produits de terroir algérien, essayer de faire rayonner et améliorer les taux d’intégration dans le secteur agroalimentaire. Cela passe obligatoirement par la structuration et l’organisation du secteur de la transformation, la réduction des déperditions des récoltes, la valorisation des produits mais aussi de leurs sous- produits et apporter de la valeur ajoutée. Nous pouvons le faire facilement, il suffit juste d’avoir l’intelligence d’aller vers les secteurs qui peuvent apporter une aide certaine, tels que l’enseignement supérieur et la recherche, et nous sommes-là pour cela, c’est notre métier. Maintenant, il faut apprendre à mieux travailler ensemble, car ce secteur qui est en plein essor peut apporter comme vous le savez déjà, beaucoup au PIB algérien.  

El-Djazaïr.com : Etant vétérinaire de base, votre expérience vous a-t-elle été bénéfique notamment dans la gestion de cette grande école, la seule en Algérie ?

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi: Totalement. Tout d’abord, parce que lorsqu’on est vétérinaire, on est par définition en contact direct avec l’aliment. Dans notre cursus, nous étudions l’inspection des denrées alimentaires, la salubrité et la qualité alimentaire, donc me concernant, je n’arrivais pas en terrain inconnu. L’agroalimentaire ce n’était pas quelque chose que je découvrais. Mon intégration s’est faite naturellement. Le fait d’être vétérinaire a constitué un atout. Cela m’a permis d’avoir une vision très globale, de la fourche à la fourchette, et du champ à la table. Je ne me suis pas confinée uniquement à l’usine. Je vois toute la chaine alimentaire dans sa globalité. Mon expérience dans le domaine pharmaceutique et du diagnostic m’a aussi beaucoup aidée, parce que la mise en œuvre des bonnes pratiques a commencé dans l’industrie pharmaceutique. Aussi, quelqu’un qui a l’expérience de l’industrie pharmaceutique peut aisément maitriser le fonctionnement de l’industrie agroalimentaire s’il a les connaissances nécessaires en sciences alimentaires. C’est un métier qui exige beaucoup de souplesses et d’adaptabilité. L’agroalimentaire, qu’on le veuille ou pas, c’est aussi un peu le vétérinaire.

El-Djazaïr.com : Que peut-on dire de l’année 2017 qui vient de s’achever et de quoi serait faite l’année 2018 pour votre école ?

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : Nous avons un plan d’activité très chargé. Nous comptons développer beaucoup d’offres au niveau de la formation continue. J’y tiens beaucoup. On commence également à mettre en place les plateaux techniques, en particulier le laboratoire de veille et de sécurité alimentaire et celui d’analyses sensorielles. Nous avons bénéficié de premiers budgets d’équipement. Nous comptons également offrir des prestations de service pour le secteur industriel, que ce soit dans le cadre du contrôle qualité des huiles, des boissons, des viandes… Nous avons un grand chantier d’expertise qui arrive, et bien sûr nous allons continuer à promouvoir l’esprit d’excellence et d’entrepreneuriat de nos étudiants, ce qui est essentiel à nos yeux. Nous allons travailler à faire rayonner l’ESSAIA au maximum. Concernant 2017, je dirais que c’était une année riche, très dense, marquée bien sûr par la naissance officielle de l’ESSAIA. Pour nous, ce fut aussi une année charnière, bien qu’elle fût très chargée, et très dure. Nous avons dépensé beaucoup d’énergie, lancé un grand nombre de projets et mis en place les fondations de l’école et nous sommes très satisfaits du résultat tout compte fait.          

El-Djazaïr.com : Quel est l’objectif de la transformation de l’Ecole préparatoire en sciences de la nature et de la vie (EPSNV), en Ecole supérieure des sciences de l’aliment et des industries agroalimentaires ?  

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : Je pense que la création de cette école supérieure répondait à un besoin réel que notre tutelle a très bien perçu, et qui a décidé de miser aussi et surtout sur les écoles supérieures. L’Algérie a besoin de diplômés compétents. La formation à l’école est opérationnelle, par la pratique et pour la pratique, elle est en cela différente de la formation académique dispensée par l’université. Ce sont deux approches différentes de formation et qui répondent à des besoins différents. Notre tutelle a eu la clairvoyance de renforcer le réseau des écoles supérieures, par la transformation des écoles préparatoires existantes qui avaient déjà les infrastructures et le potentiel humain. Ce qui est également excellent sur le plan financier, parce que cela n’a pratiquement rien coûté à l’Etat, et a permis de valoriser des compétences et des savoirs faires.

El-Djazaïr.com : Et comment faire pour accélérer le processus de développement et assurer une plus grande performance de cette école supérieure ?    

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : C’est vrai que nous sommes une jeune école, mais nous sommes obligés de faire aussi bien, si ce n’est mieux que les autres. Nous avons les mêmes ambitions et les mêmes exigences, et nous devons être à la hauteur. Alors, nous travaillons beaucoup, jusqu’à 16 h00 par jour, nous redoublons d’imagination, de créativité et de rigueur. C’est un sacrifice obligatoire, les miracles n’existent plus. Nous multiplions les contacts, les collaborations, et nous n’hésitons pas à demander de l’aide lorsque c’est nécessaire, et à voir ailleurs ce que se fait. Nous sommes très curieux, nous nous informons et nous apprenons beaucoup auprès des autres. Nous essayons également de travailler en interne sur la cohésion et l’esprit d’équipe, autour d’objectifs et de projets communs. Je suis très exigeante, j’en suis consciente, je demande beaucoup et j’essaie de donner l’exemple. Il faut également avoir l’envie de faire et de construire. Nous rêvons aussi beaucoup et nous faisons de notre mieux pour atteindre nos rêves. D’ailleurs l’ESSAIA était un beau rêve devenu aujourd’hui réalité. C’est un challenge, parce qu’on est partis de pratiquement de rien. Nous avons réuni beaucoup de compétences par mutation et recrutement. Nous avons des enseignants qui sont venus de plusieurs wilayas du pays. Nous cherchons la compétence là où elle se trouve, et on crée autour de chaque personne un projet. Chacun est porteur d’un projet. Bref, il faut toujours donner pour recevoir.

El-Djazaïr.com : En quoi réside le secret de votre succès?

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : Je crois qu’une grande partie de ma réussite est due à mes parents. Je suis leur produit en grande partie. Les études et la réussite étaient pour eux une chose naturelle, il n’y avait aucun mérite, c’était obligatoire. Par contre il fallait être les meilleurs. Et ils nous ont inculqué cet esprit de gagneur et la valeur du travail dès l’enfance. Je crois également, que nous avons cela dans nos gènes. J’ai hérité de ma mère sa combativité et de mon père sa sérénité. Alors, je pense et j’espère être le mélange réussi des deux. Après, c’est la passion de l’excellence, je sais que rien n’arrive facilement. Comme je vous l’ai déjà dit, j’ai bénéficié au départ d’une bourse de coopération algéro-française de deux ans, au prix de beaucoup de sacrifices j’ai décroché ma thèse de doctorat à 27 ans mais surtout j’ai cultivé l’amour de la recherche et du dépassement de soi dans l’intervalle. Quand je suis rentrée en Algérie, cela n’a pas été toujours facile. Je me suis battue pour la bonne cause, parce que je savais que je pouvais donner quelque chose pour mon pays qui m’avait déjà tant donné. A chaque chose, son prix. C’est vrai que ma plus belle réussite ce sont mes doctorants, devenus pour la plupart aujourd’hui mes collègues, mais aussi produire, former, et laisser une structure qui se tient et qui fonctionne est une récompense des plus précieuse. Bref, je crois qu’il s’agit de volonté. De ne voir que les solutions quand les autres se concentrent sur les problèmes. C’est d’aller au-delà de ses limites. La vie n’a pas été toujours rose pour moi, mais j’ai eu la chance de savoir et pouvoir rebondir souvent dans la vie.

El-Djazaïr.com : Un dernier mot ?

Pr. Meriem-Hind Ben-Mahdi : L’Etat algérien et la tutelle ont fait et font beaucoup pour l’essor de l’ESSAIA et la réussite de ses étudiants. A l’instar du MESRS, je pense maintenant que la balle est dans le camp du secteur socioéconomique. Il doit s’impliquer et accompagner les universités, et les écoles en particulier. Je crois que s’ils veulent avoir un personnel qualifié et performant, il faut qu’ils deviennent des partenaires du monde académique et pas seulement au travers d’action de sponsoring de congrès. Ce que nous voulons, c’est qu’ils investissent dans le développement et le rayonnement de l’université publique algérienne en général, et de l’ESSAIA en particulier. Enfin, je souhaite plein succès à mes étudiants, une longue vie à mon école, et bien-sûr la paix et la prospérité à mon cher pays.   
 Y. M.



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