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N° 114 - Juin 2018

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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

« Nous comptons donner une nouvelle impulsion à la qualité de l’enseignement »

Le Pr Abdallah Bouyoucef, directeur de l’ENSV

Entretien réalisé par Tahar MANSOUR



El Djazair.com : Voulez-vous, Monsieur le directeur, nous présenter succinctement votre école ?

Pr Abdallah Bouyoucef: L’Ecole nationale supérieure vétérinaire d’Alger est le fruit de la volonté du ministère de l’Enseignement supérieur et du gouvernement de mettre en place des écoles supérieures dans le but d’avoir une élite dans les différentes spécialités. Les étudiants désirant intégrer l’Ecole doivent avoir une moyenne minimum au baccalauréat de 14/20. A titre d’exemple, nous nous sommes arrêtés pour cette année (2017/2018) à 14,42 avec une moyenne maximale de 18/20. Beaucoup d’étudiants ont opté pour notre école avec des moyennes comprises entre 16,5 et 18. Il faut souligner que si les programmes d’enseignement sont les mêmes qu’à travers tout le pays, nous essayons au sein de notre école de donner plus de moyens et de cibler une qualité avec un encadrement très performant et en nombre suffisant puisque nous avons un ratio d’un professeur pour 7,5 étudiants. En plus, à partir de l’année prochaine, la politique de notre ministère est de revenir à la qualité en n’intégrant qu’une cinquantaine d’étudiants par an au lieu de plus de 200 les dernières années et cent pour cette année. 

El Djazair.com : DDonc, le nombre d’étudiants acceptés va être revu à la baisse et, par conséquent, les moyennes vont être beaucoup plus élevées ?

Pr Abdallah Bouyoucef: Effectivement, le ministère en fait son cheval de bataille car, auparavant, on privilégiait la quantité au détriment de la qualité. Mais maintenant la tendance va être inversée, particulièrement pour les grandes écoles qui devront revenir à la formation de qualité. Grâce à cette politique, nous aurons au maximum 500 étudiants au sein de notre école et, lors d’une réunion à laquelle j’ai assisté récemment au ministère, le nombre d’étudiant va être revu à la baisse et nous n’aurons qu’une cinquantaine d’étudiants par année. Ainsi, nous répondrons à une formation selon les besoins exprimés par le secteur socioéconomique et les institutions de l’Etat, comme cela se fait dans d’autres pays, en Tunisie et au Maroc ou les promotions ne dépassent pas la cinquantaine d’étudiants. Il en est de même en Europe. De ce fait, le programme devrait changer pour une meilleure prise en charge des enseignements. D’ailleurs, une réflexion est engagée pour revoir de fond en comble le programme des sciences vétérinaires par le biais d’un comité pédagogique national et une feuille de route très précise a déjà été mise en place par le ministère de tutelle. 

El Djazair.com : Pouvez-vous nous donner des précisions concernant ce nouveau programme de sciences vétérinaires ?

Pr Abdallah Bouyoucef: Nous avons déjà tenu trois réunions de concertation et la quatrième, et dernière, se tiendra au mois de février prochain au sein de l’ENSV pour clôturer la nouvelle vision de la formation dans le domaine vétérinaire. Les programmes doivent répondre aux besoins de ce qui se fait en Europe parce que nous travaillons sur un document de l’OIE (Office international des épizooties). Un référentiel que nous enrichissons en prenant en considération les programmes européens afin d’éviter à nos étudiants, s’ils se rendent à l’étranger pour des compléments d’études, de tout reprendre. De ce fait, nous devons leur assurer au moins 75 à 80% du programme européen. Nous devons, en parallèle, adopter ces programmes aux besoins de notre pays car il y a des pathologies qui ne se trouvent qu’en Algérie. Nous allons cibler des pathologies spécifiques comme pour le camelin qui aura une part importante dans notre formation et nous allons introduire de nouveaux modules dont toutes les sciences ont besoin, comme le management. A partir de septembre prochain, nous mettrons en action un nouveau programme avec une nouvelle architecture adaptée à la réalité algérienne.

El Djazair.com : Quelles relations entretenez-vous avec le secteur socioéconomique, notamment avec l’ouverture de l’université sur son environnement ?

Pr Abdallah Bouyoucef: Comme vous avez pu le constater, notre école est ouverte sur le monde socioéconomique. Nous avons des conventions à l’échelle nationale avec différents organismes qui relèvent du ministère de l’Agriculture, du Commerce, de l’Intérieur et des Collectivités locales ainsi que de l’ANP (Garde républicaine). Nous leur offrons aussi des formations de post-graduation spécialisées pour les besoins des différents secteurs car les sciences vétérinaires touchent un peu à tout, à la biologie, à la médecine, à la sécurité alimentaire et à d’autres domaines encore. Ce qui fait que ces sciences sont au centre du développement économique. Aussi, nous leur proposons des programmes à la carte. Au niveau international, nous avons des conventions avec l’université de Liège (Belgique), avec l’Ecole nationale Maison Alfort de Paris, et d’autres encore. Nous recherchons le transfert de technologies, nous recevons des experts qui viennent donner des conférences ou des workshops sur des thématiques très pointues. Nous nous sommes ainsi ouverts non seulement sur le plan national mais même international. 

El Djazair.com : Vous avez dit tout à l’heure que l’Ecole ne recevra à partir des prochaines années qu’une cinquantaine d’étudiants, cela sera-t-il suffisant pour répondre aux besoins en spécialistes vétérinaires des différents secteurs ?

Pr Abdallah Bouyoucef: Justement, auparavant nous formions pour former, il ne faut pas oublier qu’outre l’ENSV, il y a d’autres instituts de formation de vétérinaires et, chaque année, il y avait 800 vétérinaires formés et injectés dans le marché du travail et ce grand nombre n’arrive pas toujours à trouver des débouchés professionnels et s’il en trouve c’est dans le privé, ou à travailler dans la représentation pour les laboratoire pharmaceutiques. Une étude a d’ailleurs été faite par le ministère de l’Agriculture qui a prouvé que la formation était plus importante que les besoins des différents secteurs. De ce fait, une cinquantaine de vétérinaires formés chaque année par notre école est largement suffisante pour répondre à ces besoins.

El Djazair.com : Il y a des startups qui sont lancées par votre école, parlez-nous de cela.

Pr Abdallah Bouyoucef : C’est la finalité de l’enseignement et de la recherche que de valoriser les résultats et permettre aux jeunes diplômés et chercheurs de s’investir en créant leurs propres entreprises. Nous devons donc les encourager car auparavant chaque sortant attendait qu’on lui offre un emploi et tous visaient la fonction publique mais l’Algérie n’est pas actuellement en mesure d’offrir des emplois à tous car nous avons formé beaucoup plus que les besoins. Nous les accompagnons donc pour qu’ils soient entreprenants, que chacun cherche à se prendre en charge, et pour cela, nous les formons en management, en innovation entrepreneuriale. Il y a aussi des clubs d’entreprenariat, nous avons signé des conventions avec l’ANSEJ. Il y a aussi des cellules qui activent beaucoup dans ce sens au sein de l’école et les étudiants démontrent un intérêt très grand pour cela, d’ailleurs ils le font au détriment de leur repos hebdomadaire du samedi car ils ont une semaine très chargée.

El Djazair.com : Un dernier mot pour terminer ?

Pr Abdallah Bouyoucef: Nous ne ménageons aucun effort pour donner à notre école la dimension qui est la sienne aussi bien au niveau national qu’international et nous comptons donner une nouvelle impulsion à la qualité de l’enseignement que nous dispensons grâce aux nouveaux programmes et à la nouvelle orientation qui consiste à privilégier justement la qualité au nombre. Seulement, j’ai un souhait qui, j’espère, se réalisera bientôt, c’est que notre école bénéficie d’une ferme expérimentale qu’elle pourra utiliser pour les cours pratiques qui pourront être dispensés de manière plus intense et en y introduisant toutes les espèces et le matériel nécessaires. En effet, actuellement c’est dans certains exploitations privées que nous emmenons nos étudiants pour les cours pratiques mais c’est au détriment de la qualité que nous recherchons justement car nous sommes tributaires du bon vouloir de ces propriétaires et éleveurs d’un côté et, de l’autre, des animaux qu’ils élèvent, sans que nous puissions introduire d’autres espèces nécessaires à l’enseignement. Une ferme à l’école règlerait de nombreux problèmes que nous rencontrons quotidiennement et ouvrirait de nouveaux horizons à nos étudiants et même à l’école.  

T. M.



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