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N° 117 - Nov 2018

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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

« Notre démarche globale est d’associer la formation, la recherche et l’industrie en un parten

Le Pr Douadi Khelifi, directeur de l’ENSB Constantine

Entretien réalisé par Farid HOUALI



El-Djazaïr.com : Vous avez été installé à la tête de l’ENSB, le 20 octobre dernier précisément. Peut-on savoir qu’elles ont été vos premières actions ? Et quel bilan en faites-vous ?

Pr Douadi Khelifi : Vous n’êtes pas sans savoir qu’il est difficile de se faire un bilan de seulement un mois et demi passé à la tête d’une si prestigieuse école. Au lendemain de mon installation à la tête de l’ENSB, il a été décidé d’opter pour la continuité. Aussi, je préfère évoquer les réalisations de ces quatre ans. D’abord, il convient de reconnaitre que l’ENSB, depuis sa création, a franchi de grands pas au point de devenir une référence dans son domaine d’enseignement. Une réputation que nous devons défendre. Actuellement, il est question de passer à la deuxième phase de notre stratégie de développement avec la mise en place de halls technologiques. On s’est également attelés à mettre en place les laboratoires pouvant accueillir les projets de fin d’étude qui seront présentés par les futurs ingénieurs, soit ceux de la première promotion de l’ENSB prévue l’année prochaine. 

El-Djazaïr.com : La vocation première de l’université demeure la mise à disposition du secteur socioéconomique et de l’administration les compétences de haut niveau nécessaires à leur bonne marche et à leur développement, tout en participant à la mise en valeur des résultats de la recherche scientifique qui répondent à leurs besoins et à leurs demandes en matière de développement. Dans ce contexte, le Pr Tahar Hadjar, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, affirmait lors de son intervention à l’occasion de l’ouverture de la Conférence nationale des universités organisée au Centre de recherche en anthropologie culturelle (Crasc) d’Oran qu’il faudrait à l’université d’intégrer cette relation parmi ses missions prioritaires en instaurant des ponts relationnels dans les deux sens. C’est dire que l’ENSB à l’instar des autres universités et école n’a d’autres choix que de prendre le même train… 

Pr Douadi Khelifi : Sans nul doute. La vocation de l’ENSB est nationale. Elle est tournée naturellement vers l’ensemble des acteurs économiques publics et ou privés dans tous ses domaines de formations. Sa démarche globale est d’associer la formation, la recherche et l’industrie en un partenariat synergique et mutuellement bénéfique afin d’optimiser autant que possible le développement et la croissance des partenaires industriels et les activités de recherche et de formation de l’école, dont des stages de formation sont assurés sur sites industriels et à l’emploi final. En ce qui concerne les stages de formations in situ (des formations sur mesure) des élèves ingénieurs, la prospection, déjà engagée au niveau régional, donne un aperçu favorable du potentiel. Mais il parait évident que les entreprises approchées restent à persuader de leur intérêt dans ces stages souvent perçus à tort comme étant un investissement unilatéral et à perte alors que partout ailleurs l’expérience démontre le contraire.

El-Djazaïr.com : Autrement dit Monsieur le directeur, vous avez du pain sur la planche… 

Pr Douadi Khelifi : En effet. Il s’agira assurément en premier lieu d’engager un travail de persuasion pour établir et pérenniser ce partenariat à l’évidence vital et mutuellement profitable. Le potentiel d’employabilité des ingénieurs en biotechnologie dans ces divers domaines est réellement considérable dans notre pays tant les besoins sont importants et manifestes et à la disponibilité quasi inexistantes. L’analyse rapide du profil industriel de nos entreprises quel que soit leur domaine d’activité en relation avec la biotechnologie montre clairement que toutes sont déficitaires en technologies et en encadrement technique et qu’elles sont en demande permanente en personnels qualifiés car bon nombre de ces entreprises ont dépassé le stade du produit en main fourni par l’étranger ou sont en voie de le faire. Elles souhaiteraient, dès lors, se préparer à un marché de concurrence ouvert inéluctable avec la multiplication des opérateurs mais aussi dans la perspective d’adhésion à terme de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce. Leur engagement dans un développement par l’innovation et l’intégration des technologies actuelles devient dès lors inévitable. La demande du secteur de la recherche est, elle aussi, très importante et demeure jusque-là insatisfaite. Dans ce sens, la région est du pays pourra constituer un premier terrain d’application qui sera étendu au fur et à mesure des besoins exprimés à tout le territoire national. Avec un essor économique relativement important et diversifié, cette région possède un potentiel à la fois de stage et d’emploi industriels favorables à l’ENSB notamment dans l’axe Annaba-Constantine-Sétif-Bejaia et au-delà particulièrement dans les domaines de la pharmaceutique, l’agroalimentaire et de l’environnement. Ce sont autant de domaines fortement demandeurs d’innovations et d’intégration de biotechnologies modernes. Cette politique d’intégration au plus près des réalités et des besoins du secteur économique sera progressivement appelée à concerner tout le pays dans tous les domaines d’application des biotechnologies que souhaite investir l’ENSB et ce par une dynamique de formation et de recherche-développement intégrée directement à son environnement. Il s’agit, comme souligné précédemment, des industries pharmaceutiques et parapharmaceutiques qui se développent à profusion et commencent à investir sérieusement dans la valorisation des atouts locaux, percepts moléculaires locaux, vaccins, réactifs et extraits végétaux bio actif. Il est également question, entre autres, de l’industrie liée à l’environnement qui s’installe progressivement et qui offre d’immenses champs de croissance inexploitée ainsi que la bio-industrie et l’agroalimentaire qui représentent un potentiel de développement et d’innovation considérables. 

El-Djazaïr.com : Le ministre annonçait également un programme gouvernemental visant à la création de 40 000 startups durant les années 2017 et 2018. Où est votre établissement dans ce programme ? 

Pr Douadi Khelifi : Il faut savoir que la biotechnologie offre également des opportunités aux ingénieurs promoteurs de projets sous forme de startups, dans la production, les services et la recherche, particulièrement dans les domaines de la pharmacie et la parapharmacie, la cosmétologie, l’ingénierie biomédicale, les bio-industries diverses, les industries agroalimentaires, les industries chimiques, l’environnement et la bioénergie ainsi que les productions animales et végétales. Les ingénieurs en biotechnologie formés en cinq ans, dont deux préparatoires assurés au sein même de l’école, peuvent suivre une formation parallèle pour l’obtention d’un master, et, une fois les études achevées, exercer de multiples fonctions dans tous les secteurs des bio-industries en tant qu’ingénieurs de production, de contrôle et d’assurance qualité, de laboratoire, de recherches, technico-commerciaux ou conseil. Les débouchés des ingénieurs en biotechnologie sont considérables et ne cessent de s’étendre dans les secteurs public et privé. Car très largement portés par l’innovation très importante dans les procédés, les substrats, les produits, les services et la recherche-développement dans tous les domaines des bioindustries. Les fonctions offertes sont très nombreuses. La biotechnologie offre également de grandes opportunités aux ingénieurs promoteurs de projets à titre privé, personnel ou de groupe, sous la forme de startups, très encouragées et soutenues par des financements publics (projets Ansej, Anem…), en particulier dans les domaines de la pharmacie, de la parapharmacie et cosmétologie, de l’ingénierie biomédicale, bioindustries diverses, industries agro-alimentaires et connexes, industries chimiques, l’environnement ainsi que d’autres domaines.

El-Djazaïr.com : Impliquer davantage la recherche scientifique dans la sphère économique est une nécessité sur laquelle les pouvoirs publics, par le biais du ministère de l’Enseignement supérieur, s’attèlent d’une manière effective car investir dans la promotion de la ressource humaine est une des conditions pour asseoir le développement d’une nation. Cette évidence nous renvoie à la question de savoir quel est le positionnement de l’Algérie s’agissant de la recherche scientifique…

Pr Douadi Khelifi : L’Ecole nationale supérieure de biotechnologie (ENSB) vient élargir significativement et opportunément l’offre de formation supérieure des grandes écoles d’ingénieurs, en l’enrichissant spécifiquement de formations technologiques dans les multiples et passionnantes applications des sciences du vivant. L’École a une vocation nationale car elle est unique en Algérie. Elle dispose de personnels qualifiés et d’infrastructures pédagogiques, technologiques et de recherche de qualité qui lui ont permis d’engager un ambitieux plan de développement, par l’installation progressive de ces cursus de formation mais également d’engager une formation doctorale. De même que l’ENSB programme déjà des cycles de formation continue au profit des personnels de ses partenaires du secteur économique. L’ENSB a un objectif de formation et de recherche d’excellence, conforme à sa mission et à ses moyens. Dans ce cadre, l’Ecole est résolument ouverte sur son environnement et sur le monde, par de multiples relations avec les opérateurs économiques et de nombreuses institutions de formation et de recherche nationales et étrangères. Sa démarche constante est une pleine intégration scientifique et économique à son domaine, par l’association dynamique de la formation, de la recherche et de l’industrie dans un partenariat synergique et pérenne parce que mutuellement bénéfique.

El-Djazaïr.com :  Que pensez-vous du système LMD ? 

Pr Douadi Khelifi : Contrairement à ce qui se dit ici et là, quant à l’échec de ce système, le système LMD n’est pas condamnable. C’est un acquis. Disons que le système LMD est une réussite sur le long terme, même si, au début, il n’a pas été très bien compris. Le système classique assurait une formation académique aux étudiants, sans se soucier de leur avenir ou de leur formation pratique, alors que LMD tend vers la spécialisation d’un côté, une spécialisation qui, de plus, est régionalisée selon les spécificités de chaque endroit et, de l’autre, assure aux étudiants la mise en pratique in-situ des connaissances acquises. Si l’on parvenait à canaliser les meilleurs étudiants dans ce système, l’université ferait un bond encore meilleur en matière de formation. L’Etat a énormément investi en termes de matériels pédagogique pour que le système LMD réussisse. C’est aux enseignants et étudiants de comprendre ce message, de comprendre la mission de chacun pour que le système LMD prenne son envol.

El-Djazaïr.com : Des classements des universités ont chaque fois relégué les universités algériennes au bas du tableau. Votre commentaire.

Pr Douadi Khelifi : Je ne suis pas de l’avis de ceux qui continuent à véhiculer l’idée que le niveau de l’universitaire algérien ne vaut rien. Si nous comptabilisons le niveau des publications, le niveau des brevets ainsi que les communications faites lors des séminaires, je dirais que notre université se porte bien. Nos étudiants sont capables de faire des miracles, et ils le font ailleurs. L’université algérienne n’a pas seulement évolué, elle n’a rien à envier à celles voisines particulièrement. Les pouvoirs publics, par le biais du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ont de tout temps œuvré pour hisser cette université au rang des plus grandes universités. 

El-Djazaïr.com : Votre dernier mot ? 

Pr Douadi Khelifi : Les candidats aux formations de l’ENSB et ses partenaires, locaux et étrangers, trouveront certainement dans son encadrement, ses équipements et ses personnels l’engagement et les compétences requises pour accomplir dans les meilleures conditions le challenge d’ancrage et de développement des biotechnologies en Algérie, au plus haut niveau. Pour ce faire, notre démarche s’inscrit dans la politique des pouvoirs publics. A ce propos, il convient de souligner encore une fois les étapes franchies par l’Algérie dans le domaine de la recherche scientifique, ainsi que les réalisations enregistrées dans certains domaines vitaux, tels que les plateformes technologiques, la génétique et les sciences spatiales. Nul ne peut nier les efforts déployés en matière de mise en place d’outils nécessaires à la concrétisation des divers programmes particulièrement ceux de la biotechnologie, des énergies renouvelables, des ressources hydriques, des sciences spatiales, des technologies de l’information, de la santé et de l’environnement.

F. H.



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