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N° 114 - Juin 2018

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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

« Nous devons nous ouvrir sur le monde extérieur »

Le Pr Ahmed Boutarfaia, recteur de l’Université Mohamed-Khider de Biskra

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazair.com : Votre université a été choisie comme université-pilote dans le cadre du programme du Bureau international du travail portant sur l’employabilité et l’insertion des diplômés dans le monde du travail. Voulez-vous revenir pour nos lecteurs sur ce programme et comment compte votre université l’appliquer sur le terrain ? 
     
Pr. Ahmed Boutarfaia : Ce projet est financé par la Grande-Bretagne et s’étale sur 31 mois, répartis en trois phases. Phase I de septembre 2016 à mars 2017 ; Phase II d’avril 2017 à mars 2018 et la troisième phase est soumise à l’accord préalable du bailleur de fonds et s’étale sur la période avril 2018 à mars 2019.
Les partenaires du projet au niveau local sont les universités, l’Ansej, la CNAC et l’ANEM des trois wilayas pilotes à savoir : Biskra, Bejaia et Tlemcen.
Les objectifs assignés au projet sont :
Les étudiants universitaires et les diplômés chômeurs améliorent leurs compétences en recherche d’emploi, employabilité de base et entrepreneuriat.
L’inadéquation des compétences entre l’enseignement supérieur et les besoins du marché du travail est réduite.
Les institutions de support pour l’insertion des diplômés universitaires sur le marché du travail deviennent plus efficaces.
Pour l’objectif I, l’université a délégué plusieurs enseignants pour les différentes sessions de formation qui ont porté sur les techniques de recherche d’emploi (TRE) et l’entrepreneuriat « comprendre l’entreprise » (CLE). Ces formateurs ont déjà lancé des sessions de formations pour les étudiants de l’université en TRE et CLE.
Pour l’objectif II, l’université participe à l’enquête, confiée par le BIT au CREAD. Les résultats de l’enquête sur l’université seront présentés à Biskra courant janvier 2018 selon le calendrier arrêté par le CREAD.
Le troisième objectif concerne les différents dispositifs d’insertion. Une enquête est menée auprès des entreprises, des organisations patronales partenaires.
Pour l’université de Biskra, qui dispose d’une maison de l’entrepreneuriat depuis octobre 2012, du BLEU (Bureau de liaison entreprise université), du CDC (centre des carrières)  et du CRE (club de recherche d’emploi) de création récente, l’ensemble des mécanismes et des techniques transmis par les experts du BIT durant les différentes sessions de formation à Alger ou à Biskra sera mis en exécution dans les meilleures conditions et avec la collaboration des institutions locales notamment l’Ansej et l’ANEM. Cette mise en œuvre sera consolidée par la prise en compte des résultats de l’enquête menée par le CREAD sur la communauté estudiantine à Biskra et la création des associations des anciens diplômés de l’université de Biskra. Par ailleurs, l’université qui entretient des relations avec plusieurs acteurs du secteur socio-économique compte multiplier les conventions avec les entreprises pour une meilleure coopération sur l’amélioration de la formation universitaire en vue de mieux répondre au besoins du marché du travail ainsi que l’introduction des formations professionnelles qui permettent une insertion directe des diplômés dans le monde du travail. L’ensemble de ces démarches seront inscrites dans le projet d’établissement qui est en phase finale de formulation, ce qui constitue le meilleur gage de son exécution rigoureuse.    

El-Djazair.com : Concrètement comment concilier l’Université et le monde socioéconomique ? 

Ahmed BOUTARFAIA : Cette problématique nous l’avons intégrée dans la formation en professionnalisant au maximum les offres de formation de licence en tenant compte du contexte socioéconomique local, en faisant participer les opérateurs économiques de la région. En contrepartie, nous souhaitons que ces opérateurs prennent en charge les stages de nos étudiants en fin de cycle (licence, master, doctorat). L’autre axe que nous voulons développer à trait au doctorat en milieu industriel même si nous faisons face, au niveau de notre région, au déficit d’entreprises d’envergure. C’est dans ce contexte que nous axons notre travail sur les travaux pratiques au niveau de nos laboratoires pour compenser ce déficit. Aussi nous comptons privilégier la formation continue pour le personnel des entreprises.

El-Djazair.com : A ce propos qu’en est-il des incubateurs ?       

Ahmed BOUTARFAIA :  Premièrement, il faut savoir que nous avons signé beaucoup de conventions, notamment avec la wilaya de Biskra, la chambre du Commerce, la chambre d’agriculture, et pratiquement avec toutes les entreprises de la wilaya. Avec cet environnement socioéconomique, nous avons crée la Maison de l’entrepreneuriat dont la mission est d’aider les jeunes porteurs de projets à concrétiser leur projet, à les orienter dans leur recherche de nouveaux marchés et même à les accompagner après la réalisation du projet. Pour pérenniser ces projets, nous avons signé, au début de l’année, une convention avec toutes les facultés pour inculquer aux étudiants, dès leur première année, le sens de l’entrepreneuriat. Aussi, avons-nous ciblé des matières bien précises telles que la biologie, l’architecture, l’agronomie. D’ailleurs, chaque semaine nous tenons une réunion d’évaluation avec nos collèges de l’Ansej à même de cibler les étudiants porteurs de projets. En outre nous comptons faire appel aux anciens étudiants ayant réussi dans leurs projets pour à même de partager leurs expériences, et nous comptons réaliser un incubateur au sein de l’Université en collaboration avec l’ANVREDET (Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique). En parallèle nous aspirons à orienter nos doctorats vers le milieu industriel au lieu de l’enseignement car n’est pas pédagogue qui veut. 

El-Djazair.com : Dans votre éditorial sur le site web de l’université, vous parlez du projet d’établissement. Peut-on avoir plus de détails sur cette vision ?

Ahmed BOUTARFAIA : Notre stratégie s’étale sur la période 2018-2023. Elle constitue en conséquence un levier important pour améliorer ses missions Cette vision comporte sept grandes orientations stratégiques, complémentaires et cohérentes qui cadrent avec le plan d’action proposé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique du fait que le projet d’établissement que nous proposons est une continuité et une consolidation des acquis. D’ailleurs, l’objectif majeur de notre stratégie est de renouveler la formation initiale (du 1er au 3e cycles), de promouvoir la recherche scientifique en termes de production de savoirs savants et appliqués, de considérer l’expérience étudiante comme innovatrice dans les milieux du supérieur, de renforcer l’internationalisation sous forme de coopération ciblée, de développer la gouvernance et l’autonomie de l’université, de généraliser les technologies de l’information et de la communication (TIC) et, enfin, de mettre en place une démarche d’évaluation des performances. 

El-Djazair.com : Voulez-vous, Monsieur le Recteur, être plus explicite ? 

Pr Ahmed Boutarfaia: En ce qui concerne la formation, nous travaillerons à mettre fin à l’inadéquation de nombreuses filières actuelles de l’Enseignement supérieur avec les besoins réels du marché du travail.  La réussite pour tous en licence sera un chantier prioritaire en raison de l’importance des flux étudiants. Pour ce faire, nos principales actions s’articulerons autour de l’actualisation de l’offre de formation dans le but d’enrichir constamment de nouvelles formations en réponse aux besoins variés du pays en matière de développement technologique et sociétal, de la mise en fonction du service de la formation continue, de la promotion des langues et des nouvelles technologique de l’information et de la communication, et de la sensibilisation à l’entreprenariat de tous les étudiants de l’Université. Tous ces efforts soutenus, concentrés sur l’amélioration de la qualité des formations dispensées à l’université tant en termes du rendement interne que du rendement externe, seront accompagnées de l’extension de la capacité d’accueil universitaire et de l’augmentation appuyée et maitrisée des effectifs des étudiants durant la période 2018-2023. En outre, et du fait que la recherche, la recherche-développement, l’innovation, et la valorisation de la recherche sont autant de missions incombant à l’Université, elle se doit de pouvoir les assumer en empruntant la voie de la qualité et de l’excellence. Pour ce faire, la recherche scientifique et technique à l’Université Mohamed-Khider Biskra s’organisera de manière à gagner en cohérence et en efficacité. C’est dans cette optique que notre Université concentre une partie importante de son effort de recherche sur les grands secteurs particulièrement porteurs d’avenir, notamment l’agronomie saharienne, le génie chimique, l’hydraulique, les énergies renouvelables, les technologies de l’information et les sciences humaines et sociales, etc. C’est dans cet ordre des choses que nous encourageons les talents et les innovations pour un véritable rayonnement des compétences nationales dans la sphère de la recherche scientifique et technique dans le but de contribuer à la détermination des axes et programmes de recherche en fonction des priorités locales, régionales et nationales par un suivi régulier des activités de recherche scientifique et technique. Dans ce contexte, nous avons placé les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme axe primordial dans l’essor de l’Université Mohamed-Khider car elles constituent l’impulsion initiale de son progrès naturel. C’est pourquoi elles doivent être généralisées pareillement dans la formation, la recherche et la gestion. Cette orientation stratégique ne doit pas relever d’un choix stratégique mais devrait aboutir à une utilisation quotidienne des outils informatiques.
Ce qui permettra une ouverture sur le monde extérieur. D’ailleurs, la coopération et le partenariat dans le domaine de la recherche scientifique et de l’innovation technologique avec le monde du travail et de l’économie ainsi que la coopération internationale permettront de valoriser les résultats de la recherche scientifique, tout en l’orientant davantage vers les besoins de son environnement socio-économique, avec pour finalité la création d’unités de recherche pour mieux optimiser les moyens humains et matériels disponibles et mieux les gérer selon les principes de la bonne gouvernance. Toutes ces opérations serviront à renforcer l’interface Université-entreprises. Ce qui permettra l’ancrage de la recherche dans le monde économique, l’encouragement de la création d’entreprise au sein de l’université, l’émergence de pôles universitaires d’excellence, et un appui financier aux laboratoires de recherche productifs. Néanmoins, toutes ces actions seraient vaines sans une réforme universitaire plaçant l’étudiant au cœur des préoccupations.  L’objectif est d’améliorer la vie des étudiants depuis leur premier accueil jusqu’à leur insertion dans la vie active. Pour se faire il est impératif de développer la gouvernance et l’autonomie de l’université

El-Djazair.com : Comment concilier ces deux concepts ? 

Pr Ahmed Boutarfaia : Le Recteur doit corollairement s’entourer d’une équipe qui participe aux décisions, travaille pour le changement, s’investit sur le terrain et fait avancer les chantiers. L’autonomie de l’Université signifie également la mise en place d’une gestion moderne des ressources humaines, une gestion financière efficace et une promotion de l’image de l’Université ; autrement dit :
la gestion des ressources humaines doit être basée sur la motivation, l’encouragement du mérite, l’évaluation, la formation continue, la contractualisation et l’action sociale et culturelle,
la gestion financière doit rationaliser et optimiser les moyens financiers existants et surtout doit pouvoir générer des rentrées d’argent,
une politique adéquate de communication doit donner une image attrayante de l’Université et de ses composantes,
la promotion des valeurs de transparence, de moralisation et d’éthique doit renforcer le climat de confiance avec les parties prenantes.
Les mots-clés résumant la teneur de ses projections sont la formation continue du personnel, la décentralisation de la gestion des ressources (humaines, financières ou immobilières), la mobilisation et la communication. Néanmoins, sur le terrain nous rencontrons quelques problèmes en raison du déficit de compétences en raison de l’absence d’une école spécialisée pour les cadres supérieurs.

El-Djazair.com : Pourtant, dans votre message vous parlez d’une dynamique assurance-qualité ?

Pr Ahmed Boutarfaia :  En effet, et afin de montrer sa capacité réelle à s’inscrire dans une voie de progrès et de la reconnaissance nationale et internationale, l’Université Mohamed-Khider Biskra s’est dotée d’une cellule d’assurance-qualité et d’auto-évaluation. Cette cellule installée récemment, a présenté sa première autoévaluation sur les actions menées par l’Université dans les trois domaines-clés que sont l’enseignement, la recherche et la gouvernance. Cette cellule développera sa propre démarche d’évaluation interne qui suivra les standards internationaux d’évaluation et apportera ainsi une vision d’ensemble sur les résultats atteints par rapport aux objectifs fixés. En outre, dans deux mois, l’Université Mohamed-Khider effectuera une évaluation externe sur recommandations du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. 

El-Djazair.com : En parlant de recherche scientifique qu’en est-il de la visibilité de l’Université Mohamed-Khider ?

Pr Ahmed Boutarfaia : Servir l’intérêt public, c’est aussi accroitre la visibilité de l’université dans la société. Cela exige de nous, d’une part, de contribuer à la publication scientifique par une production des savoirs savants en encourageant la recherche-action. D’autre part, cela consiste de manière avisée à préserver et à promouvoir le patrimoine culturel immatériel de la communauté par l’inventaire des expressions orales et graphiques de la communauté. A ce sujet, l’Université de Biskra a, depuis 1993, enregistré 1781 publications dans des revues internationales de renommée B. Aussi pour être dans le gotha mondial, tous les doctorants de notre université sont dans l’obligation de suivre une formation de trois heures d’anglais par semaine au niveau du Centre d’enseignement intensif des langues et cela gratuitement     

El-Djazair.com : Et concernant la coopération ?

Pr Ahmed Boutarfaia : Dans ce domaine, l’Université de Biskra a acquis une certaine tradition. En effet, depuis plusieurs années, les enseignants-chercheurs de l’Université Mohamed-Khider Biskra ont réussi à nouer, individuellement ou par groupes de travail, des relations étroites avec leurs collègues des universités étrangères. Nous avons également contracté des conventions presque avec l’ensemble des Universités de la Méditerranée. Comme nous avons plusieurs projets de recherche dans le cadre de la coopération avec des universités étrangères. Ce qui a permis la copublication, la cotutelle. Le nombre important de thèses réalisées avec des institutions étrangères, des conventions de coopération, des accords de mobilité étudiants et enseignants, témoigne de ces précieuses relations. 

El-Djazair.com : Justement dans vos interventions vous n’avez cessé d’insister sur le terme ouverture ?

Pr Ahmed Boutarfaia :  Et comment ! L’une de nos actions est de s’ouvrir sur le monde extérieur aussi bien national qu’international. Pour participer au développement économique, social et culturel du pays et accompagner les grands projets agricoles, industriels, touristiques, immobiliers et de services de la région des Ziban, l’Université Mohamed-Khider Biskra se doit de consolider et de développer les relations déjà établies avec les partenaires socio-économiques, de mettre en place une stratégie de communication pour faire connaître davantage les potentialités et les offres de service de l’université, d’encourager le service interface de l’université à développer des relations de proximité avec le milieu socio-économique afin de mieux identifier ses besoins en matière de formation, de R&D, de conseil, d’expertise et d’études, d’identifier les thèmes de recherche porteurs et d’organiser des rencontres avec les opérateurs socio-économiques autour de questions d’intérêt commun, et d’inciter les chercheurs à orienter davantage leurs recherches vers les problématiques du développement, à breveter systématiquement leurs innovations et à participer aux forums, aux prix d’excellence et aux concours nationaux et internationaux dans les domaines de la recherche scientifique et de l’innovation. D’ailleurs, nous avons décidé d’organiser des portes ouvertes sur l’université en extramuros afin d’exposer notre projet d’établissement car l’université ne peut se développer en étant confinée dans son cocon ou être coupée du monde extérieur. Il faut intensifier les échanges aussi bien scientifiques que culturels et touristiques. Il faut éviter que nos efforts soient dispersés.       

El-Djazair.com : Quelles sont les perspectives de votre université ?

Pr Ahmed Boutarfaia :   En premier lieu, nous comptons développer tout ce qui a trait à l’agroalimentaire, la phoeniciculture, essentielle pour la région, et les filières d’agronomie saharienne. En second lieu, la création d’une faculté de médecine, conformément aux orientations du président de la République de faire en sorte qu’il soit créé des centres hospitalo-universitaires dans des villes du Sud du pays, du fait que nous disposons de toute l’infrastructure nécessaire, notamment au niveau du pôle universitaire de Chetma qui dispose de 6000 places pédagogiques dont 2000 places seront réservées à la Faculté de médecine. A ce sujet, la Faculté de médecine pourra compter sur le potentiel scientifique (humain et matériel) de la faculté des Sciences exactes et des sciences de la nature et de la vie, surtout sur les départements de biologie, de chimie et de physique. D’autant que la faculté de médecine est le meilleur lien de proximité avec la société 
S. R



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