Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 126 - Jan 2020

Go

Industrie

Le fleuron de la sidérurgie algérienne

Sider El Hadjar

Par Yahia MAOUCHI



Le complexe sidérurgique Sider El Hadjar d’Annaba s’est lancé le défi de recouvrer sa renommée en tant que symbole de la sidérurgie algérienne en s’appuyant sur des cadres locaux, dont des ingénieurs, des techniciens et des gestionnaires, animés par une forte détermination à atteindre cet objectif. Ainsi, parallèlement à l’exécution de tous les projets de la première tranche du plan d’investissement (34 milliards de dinars) et le lancement de la deuxième tranche en mars 2018 pour 46 milliards de dinars, le complexe a consolidé son équipe gérante par d’anciens cadres expérimentés du complexe afin d’assurer le suivi de ces projets, selon  Chemseddine Maâtallah, P-DG de Sider El Hadjar d’Annaba. Pour ce faire, indique le responsable, la priorité a été accordée au renforcement de la partie technique de l’exécution de ces projets avec 326 anciens cadres notamment techniques, dont 276 ont été chargés du coaching des projets, tandis que 15 ont été intégrés aux équipes de gestion et management du complexe. Le succès du plan d’investissement et requalification du complexe exige des compétences animées d’une forte détermination pour relever le défi, note le premier responsable du complexe, affirmant avoir placé « une grande confiance dans les cadres algériens, qui ont déjà réussi à préserver la réputation des produits du complexe sur les marchés extérieurs ». Pour preuve, plus de 15 laboratoires encadrés par des techniciens et compétences locales veillent à la conformité du rond à béton du complexe aux normes de qualité lors des différentes phases de la production, assure le P-DG, soulignant que les produits ferreux du complexe sont destinés aux industries des constructions navales,  mécanique, de l’électroménager, du bâtiment et des activités hydrocarbures. Au terme des opérations de la deuxième tranche du plan d’investissement, le complexe va créer 600 autres postes d’emploi, à l’horizon 2021 et 2022,  et cela au niveau notamment de la cokerie, de la centrale à Gaz industriel et autres structures logistiques et de services du complexe, qui se trouve être, assurent ses travailleurs, une véritable entreprise citoyenne au regard de son rôle dans la formation et la qualification de la main-d’œuvre dans la région d’Annaba et des wilayas limitrophes. D’ailleurs, 1914 jeunes recrutés ont été intégrés dans les différentes lignes de production et accompagnés par un programme de formation et de coaching. Il est à savoir également que plus de 1.200 jeunes, dont la moitié sont des apprentis du secteur de la formation professionnelle, ont bénéficié de stages dans les ateliers du complexe, qui demeure le premier espace de formation attirant les jeunes de la région. Sider El Hadjar se dirige actuellement vers la concrétisation de l’objectif de porter sa production annuelle à 1,1 million de tonnes de produits ferreux plats et longs destinés à répondre aux besoins du marché national et à l’exportation. Mieux encore, l’achèvement du plan d’investissement fin 2021 et l’augmentation du volume de sa production permettront de réaliser un résultat net positif d’une moyenne annuelle de l’ordre de 4 milliards dinars à compter de l’année 2022. Aussi, 100 projets sont retenus au titre de la deuxième tranche du plan d’investissement, dont 28 sont déjà lancés. Cette tranche mobilise 46 milliards dinars dont 20 milliards dinars représentent un financement complémentaire accordé au complexe pour financer des opérations structurantes, dont la reconstruction de la cokerie, la modernisation de la centrale à oxygène, la réhabilitation des deux aciéries et des laminoirs. Les objectifs de cette seconde tranche, dont l’exécution s’étale sur quatre ans, portent notamment sur le renforcement des produits de fonte et ferreux destinés au marché national et sur l’amélioration de la qualité et de la compétitivité de ses produits outre l’auto nomisation des approvisionnements du complexe en eau et électricité. En 2018, Sider El Hadjar, qui employait 4.600 travailleurs, a conclu des contrats d’exportation de produis ferreux vers les pays maghrébins, africains et européens, pour une valeur de 79 millions de dollars, sachant que la production annuelle a atteint les 700.000 tonnes. Cependant celle-ci a fortement baissé de 100 000 tonnes en 2019, alors que le chiffre d’affaires de l’entreprise n’a pas dépassé les 38 milliards de dinars. En outre, durant les neuf premiers mois de l’exercice 2019, Sider El Hadjar a réalisé une valeur ajoutée de 338 millions de dinars par rapport à un objectif de 7 997 millions de dinars. Cet écart considérable est dû essentiellement, selon M. Maâtallah, à un manque à gagner sur la production de l’exercice de 2 072 millions de dinars lié à l’effet du faible volume suite à une rupture d’approvisionnement en minerai de fer causé essentiellement par les grèves de personnels de la SNTF et la Mine de Fer de l’Est (M.F.E.), durant la fin du premier trimestre et le début du 2e trimestre. Un manque à gagner sur le chiffre d’affaires de 1 058 millions de dinars du à la baisse des prix de vente. Une augmentation de la consommation de l’exercice de 1 028 millions de dinars causée par une sur consommation du coke. Une augmentation dans la consommation de l’exercice de 857 millions de dinars générée par la dégradation des mises au mille dans les différentes lignes de production essentiellement au niveau des laminoirs.

 

Meilleur exportateur hors hydrocarbures en 2018

Par ailleurs, en dépit des différentes contraintes auxquelles fait face l’entreprise Sider El Hadjar, cette dernière a réussi à obtenir le prix du meilleur exportateur de l’année 2018 hors hydrocarbures, suite à l’exportation de 125 Kto de produits sidérurgiques pour une valeur de 79 millions USD. Un prix attribué par la chambre du commerce et d’industrie d’Annaba le 24 juillet 2019. Rappelons également que l’entreprise vient de réaliser pour la première fois une opération d’export de laitier granulé à partir du port d’Annaba pour le compte d’un client espagnol, d’une quantité de 25000 t destinée à la Norvège. Il convient de savoir qu’en 2018, Sider El Hadjar a financé son exploitation sans avoir recours au crédit bancaire et avec une réduction de ses dettes fournisseurs de 1 milliards de dinars et de sa dette bancaire de 2,2 milliards de dinars avec la BEA. Une chose qui lui a permis de contribuer dans la redynamisation du tissu industriel national et en particulier régional et ce après la montée en production, sachant que la production de 2018 constitue la meilleure performance réalisée depuis 2007. Cependant, l’entreprise souffre d’un niveau élevé des dettes fournisseurs, qu’elle a hérité de l’ancien partenaire étranger, ArcelorMittal et auprès du groupe Sider (27 milliards de dinars). Mais suite aux décisions salvatrices prises par la direction actuelle, le niveau de la dette fournisseurs est relativement en baisse « dû essentiellement aux paiements de nos fournisseurs potentiels à partir de la trésorerie issue de l’exploitation », précise le P-DG. Devant cette situation peu reluisante, une batterie de mesures a été prise par les pouvoirs publics. A cet effet, une réunion interministérielle a été présidée par l’ex-Premier ministre, le 17 septembre 2019 pour analyser la situation du complexe. Des mesures d’urgence, à court terme, ont été prises, notamment : 

La mobilisation de toutes les entreprises intervenantes, dont l’entreprise des Mines de fer de l’Est (MFE), le complexe El Hadjar, la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) et le groupe Logitrans pour garantir l’approvisionnement régulier du complexe en matière première et éviter toute perturbation dans l’opération de production, en renforçant les capacités logistiques à travers la mobilisation d’un train de fret supplémentaire et des camions de transport terrestre.

Accélérer l’examen de la demande déposée par le complexe d’El Hadjar auprès de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) en vue de lui permettre de faire face à ses dépenses financières, et régler notamment ses dettes envers les tiers.

Introduire l’obligation pour toutes les entreprises en charge de la réalisation des projets publics, d’approvisionner leurs chantiers exclusivement en acier produit localement, essentiellement à partir du complexe d’El Hadjar.

Programmer une session du Conseil des participations de l’Etat (CPE) afin d’examiner les questions relatives au développement des activités des mines et de la Sidérurgie.

Instaurer un droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) sur les produits sidérurgiques importés et qui sont fabriqués localement.

Grâce à ces mesures, l’alimentation en minerai de fer a connu une amélioration, avec une moyenne de réception de 2 720 t/jour réalisées au mois d’août, une moyenne de réception de 4 000 t/jour réalisées sur le mois de septembre, une moyenne de réception de 5 550 t/jour réalisées du 1er au 20 octobre. Bien que l’objectif de réception soit de 6 700t/j, cette amélioration a permis un fonctionnement stable du haut fourneau depuis son démarrage le 8 septembre 2019 mais toujours avec un régime réduit pour éviter un arrêt franc de production. Rappelons que Sider El Hadjar consomme quotidiennement entre 7 et 8 tonnes de fer brut provenant des mines d’Ouenza et de Boukhadra dont 25 à 75% de la matière utilisé par le haut fourneau pour produire l’acier liquide sont destinés à la chaîne de production. Le complexe produit actuellement environ 2.500 tonnes d’acier liquide par jour, pour une production annuelle de 800.000 tonnes d’acier destinées à la commercialisation, tandis que les capacités théoriques sont estimées à plus d’un million de tonnes par an. Par ailleurs, concernant le problème de la mévente, Sider El Hadjar attend l’application des mesures prises. Le premier crédit d’exploitation a été libéré par la BEA en date du 25 septembre 2019. Le dossier du deuxième crédit est à planifier pour présentation au CPE.

 

Le client au centre des préoccupations

La satisfaction du client est au centre des préoccupations de toute entreprise qui cherche à maintenir un niveau élevé de satisfaction de sa clientèle. Initialement développé dans le secteur b-to-b, le suivi de cet indicateur s’est largement répandu à tous les secteurs jusqu’à atteindre le service public qui réalise régulièrement des enquêtes de satisfaction de ses usagers et administrés. Conscients de cette importance, les responsables du complexe Sider El Hadjar ne lésinent sur aucun moyen pour être à la hauteur des attentes de leur clientèle. Abordé sur le site, le directeur métallurgie qualité et environnement, Mana Lotfi Kamel, a tenu à nous rassurer de la satisfaction de leur clientèle. « Nos clients sont satisfaits nous sommes toujours à leur écoute, et nous disposons de tout un processus de traitement de réclamations. C’est un service après-vente. Une chose qui nous permet d’assister continuellement notre clientèle. Nous disposons en plus du processus que je viens de citer, de toute une structure relation technique clientèle. Elle assure le traitement des réclamations de notre clientèle, comme elle effectue des visites anticipées « écoutes clients » durant l’année. Nous assurons également une opération pour la satisfaction de notre clientèle qui consiste à effectuer un bilan chaque premier trimestre de l’année. Nous effectuons ainsi des visites chez nos clients pour avoir une idée sur leur degré de satisfaction. Nous sommes arrivés à un taux de 80% de satisfaction de notre clientèle tous produits confondus. Sachant que nous avons deux produits, le produit long, qui est le rond à béton, et les produits plats tout ce qui est tôle et bobines. Et avec la deuxième phase d’investissement ça sera le décollage réel de l’entreprise Sider El Hadjar », se félicite notre interlocuteur. Pour atteindre cet objectif l’entreprise compte sur deux choses : assurer un bon produit et rassurer ses clients.

 

Une exigence accrue de formalisation en matière de gestion du risque

« L’entreprise dispose de 15 laboratoires implantés à travers l’usine, depuis la réception de la matière première jusqu’à la réalisation de produit fini. Nous avons des laboratoires implantés dans chaque unité de production. En plus, nous avons des laboratoires qui assurent tout ce qui est réceptionné comme consommable. Pour ce qui est des équipements, Sider El Hadjar dispose d’équipements très performants, qui répondent aux attentes de nos clients en matière de qualité des produits », rassure-t-il. Par ailleurs, la direction métallurgie et qualité environnement, par rapport aux enjeux forts de l’entreprise, aussi bien sur le plan économique, commercial qu’humain, se base sur trois points essentiels, à savoir la qualité, le coût et la durée. « Notre principal objectif est de satisfaire, conquérir et fidéliser nos clients, et maîtriser aussi la qualité de notre produit. Pour réussir ce défi, nous devons disposer d’une compétence impliquée. Donc, la finalité c’est bien maximiser le profit de l’entreprise. A cet effet, la direction métallurgie qualité et environnement veille à maximiser la maîtrise des produits de l’entreprise. Nous devons ainsi passer de l’étape du contrôle des produits à celle de produire de la qualité. L’objectif est d’accroître de manière progressive et continue la satisfaction de notre clientèle, et tout cela dans un climat environnemental adéquat », plaide le responsable qui rappelle que son entreprise est certifiée ISO 9001 versions 2015. « Pour bien se positionner sur le marché national et international, il faut assurer un bon produit et une meilleure assistance technique pour notre clientèle, sachant que nous sommes les seuls en Algérie à produire des produits plats, et nous devons maintenir et améliorer ce cap-là pour être au rendez-vous », insiste-t-il. Pour sa part, le directeur technique et investissement de Sider El Hadjar, Redha Belhadj, précise que la bonne gestion des risques industriels permet principalement d’améliorer les conditions d’exploitation des équipements névralgiques et stratégiques au niveau du complexe. « Il faut tracer un plan, soit de maintenance ou bien d’investissement, pour s’assurer que ces équipements soient fiables. La perte de l’un de ces équipements va engendrer un arrêt prolongé du complexe. Donc, il y a des équipements stratégiques. Il faut être sûr que nous avons un équipement de redondance et la pièce nécessaire pour la réparation, et un bon plan d’achat qui permette de bien gérer l’arrêt de production qui ne doit pas être prolongé. Maintenant que nous connaissons très bien les équipements stratégiques au niveau du complexe, il faut passer à la deuxième étape, à savoir la sécurisation réelle du complexe, qui s’étalera durant la deuxième phase d’investissement », précise notre interlocuteur. Dans le même ordre d’idées, M. Belhadj rappelle que le plan d’investissement vise à remettre le complexe sur les rails, à le sécuriser, mais aussi à le moderniser. « Notre objectif actuellement est d’être compétitif sur le marché qui devient de plus en plus concurrentiel. Le principe n’est pas de réhabiliter un équipement, mais d’avoir un équipement qui réponde, qui dure dans le temps, mais aussi fiable, et qui nous fasse sortir un produit compétitif et de qualité sur le marché algérien. L’autre défi est d’ajuster nos plannings de telle façon à ne pas perturber la production, mais aussi mener nos investissements durant les arrêts planifiés ou annuels, pour ne pas perturber le fonctionnement de l’entreprise », prône-t-il. Enfin, M. Belhadj rappelle que les grandes lignes de la deuxième phase d’investissement, qui s’étalera jusqu’à 2023, sont de remettre en production l’unité de cokerie, ce qui permettra à l’usine d’être dans les standards internationaux, « parce qu’une usine intégrée comme la nôtre doit produire son propre coke. C’est le premier grand projet. Nous avons aussi la mise en place d’une nouvelle unité d’oxygène capable d’alimenter le complexe en gaz industriel, sachant que nous avons deux unités mais qui sont très vieilles. Le troisième projet est de réhabiliter d’une manière globale les zones des laminoirs », conclut-il.

Rappelons que le groupe Sider, dont le siège est situé dans la commune de Sidi Amar dans la région de Chaiba, regroupe cinq filiales d’activités sidérurgiques, à leur tête le complexe El-Hadjar, qui représente environ 80% de l’activité industrielle du groupe. Dans ce cas de figure, il faut retenir que l’industrie algérienne de la sidérurgie est dominée par quatre principaux producteurs : le groupe public Imetal (10 filiales, dont le complexe Sider El Hadjar) ; le groupe turc Tosyali (Oran), ainsi que deux entreprises privées algériennes : Lamino Attia (Annaba) et SPA Maghreb tubes (Ain Defla), en attendant que le complexe de Bellara atteigne sa vitesse de croisière en termes de productivité.

 

Y. M.

 



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Yahia MAOUCHI

Les plus lus

L’Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

Les règles de l’immigration légale
Par maître Serge Pautot, .

Sider El Hadjar
Par Yahia MAOUCHI .

Télécharger version PDF

Version PDF