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N° 126 - Jan 2020

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L'ANP

La conscience du devoir accompli

Ahmed Gaïd Salah est décédé à l’âge de 80 ans

Par Yahia MAOUCHI



« C’est avec une profonde tristesse et affliction que j’ai appris le décès du vaillant moudjahid et leader Ahmed Gaïd Salah, avec la disparition duquel l’Algérie pleure l’un de ses grands Hommes et de ses fils dévoués ». C’est en ces termes que le Président Abdelmadjid Tebboune a tenu à rendre un dernier hommage au défunt général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), décédé le lundi 23 décembre, des suites d’une crise cardiaque à l’âge de 80 ans. Il était écrit que Ahmed Gaïd Salah quitte la vie quatre jours après s’être assuré que l’Algérie a remporté une grande bataille. Le retour à la légalité constitutionnelle, après 10 mois de crise, était, en effet, la principale œuvre du général de corps d’armée. moudjahid de la première heure, avec un riche parcours au sein de l’ANP au service de cette institution et de l’Algérie Le défunt Ahmed Gaïd Salah a vu son enfance côtoyer les dures épreuves de la nuit coloniale et l’espérance de voir son pays retrouver sa liberté et sa souveraineté spoliée par un colonialisme des plus abjects. C’est dans les Aurès que le jeune Salah a appris les rudiments de la vie et ses démêlés, dans une famille très modeste, pour ne pas dire modeste. Il a grandi dans une atmosphère qui lui apprenait le sens du combat et de la résistance comme une deuxième nature, la vie n’était pas une sinécure pour un enfant qui a vu le jour en 1940, l’année, voire, toute sa décennie, du siècle écoulé, était chargée des événements qui renvoyaient à une période de disette planétaire et une Seconde Guerre mondiale des plus désastreuses. Ses aïeuls avaient été enrôlés d’une manière obligatoire dans une guerre qui n’était pas la leur. Batna, la ville symbole des Chaouis, fiers de leur attachement à un pays ancestral et rebelle, c’était dans cette ville martyre que le jeune Gaïd Salah avait commencé à manier les armes, sa ville natale portait déjà le serment des premiers martyrs qui ont porté très haut la révolution de Novembre 1954. Il est né le 13 janvier 1940 à Aïn Yagout, dans la ville de Batna, il était prédestiné à embrasser le mouvement de libération qui avait été enclenché par ses aînés, à savoir Mustapha Benboulaïd, Zighoud Youcef et autres héros et braves qui se sont sacrifiés pour restituer et recouvrir l’indépendance du pays. Donc, le jeune Gaïd Salah n’avait pas d’autre choix que de suivre la voie de ses aînés. A 17 ans le jeune Gaïd Salah a rejoint le maquis dans une compagnie de l’Armée de Libération nationale (ALN). Il gravit les échelons de la hiérarchie pour être désigné commandant de compagnie, respectivement aux 21e, 29e et 39e bataillons de l’Armée de libération nationale. Ces faits d’armes étaient en mesure de faire de Gaïd Salah, un militaire professionnel en faisant carrière dans l’Armée nationale populaire (ANP). Après l’indépendance, il suit une formation militaire dans l’ex-Union soviétique « de 1969 à 1971, où il a été diplômé de l’Académie de Vystrel (Moscou) ». Depuis, Gaïd Salah a commencé à gravir les échelons et les responsabilités militaires en sa qualité de chef militaire dans les unités de combat de l’Armée nationale populaire. Il a assumé par la suite de hautes fonctions dans plusieurs Régions militaires. Il a été notamment commandant de l’Ecole de formation des officiers de réserve (EFOR, 1re RM, Blida) ; commandant du secteur opérationnel sud de Tindouf en 3e RM (Béchar) ; commandant adjoint de la 5e RM (Constantine) ; commandant de la 3e Région militaire (Béchar), commandant de la 2e RM (Oran). Il était connu comme étant un homme de terrain, ce qui lui a valu d’être nommé en sa qualité de chef de Région militaire et chef des forces terrestres, un poste important dans les rangs de l’armée. Gaïd Salah a toujours choisi d’être un homme opérationnel au sein de l’armée, cette particularité lui a permis d’être parmi l’élite militaire algérienne qui a participé à la guerre des six Jours en Egypte, en 1967 et en 1973 contre l’entité sioniste qui occupe la Palestine. Il a été aussi directeur de l’Ecole des officiers de réserve de Blida et commandant du secteur opérationnel à Bordj Lotfi. Le 5 juillet 1993, Ahmed Gaïd Salah est promu au grade de général-major et, en 1994, il est nommé commandant des forces terrestres. Il y restera durant toute la période délicate communément appelée la décennie noire. Dix ans plus tard, le 3 août 2004, il sera nommé chef d’état-major en remplacement de son prédécesseur, le défunt Mohamed Lamari. Le 5 juillet 2006, il devient général de corps d’armée, le grade suprême dans l’Armée nationale et populaire. Alors que le troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika tirait à sa fin dans des conditions désastreuses, après le sévère AVC dont avait été victime l’ex-Président, Ahmed Gaïd Salah est promu le 11 septembre 2013 vice-ministre de la Défense. Depuis cette date, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah est vice-ministre de la Défense Nationale, Chef d’Etat-Major de l’ANP. Il a été décoré de la médaille de l’ALN, la médaille de l’ANP 3e chevron, médaille de participation de l’ANP aux guerres du Moyen-Orient 1967 et 1973, la médaille de Bravoure, la médaille du mérite militaire et la médaille d’honneur. Jeudi 19 décembre, le regretté a été décoré de la médaille de l’Ordre du mérite national de rang «Sadr», par le nouveau président de la République Abdelmadjid Tebboune, en signe de reconnaissance à ses efforts et à son rôle durant cette période sensible ayant permis de respecter la Constitution et préserver la sécurité des citoyens, du pays et des institutions de la République. Ce parcours jalonné de faits d’armes et d’une carrière riche lui a permis d’être parmi les protagonistes les plus importants dans la situation politique particulière et très sensible du pays. Il va sans dire que le contexte que traverse le pays a fait de Gaïd Salah, le chef d’état-major, un personnage clé dans la gestion d’une situation politique des plus risquées et dangereuses dans l’histoire de l’Algérie indépendante. L’irruption de l’élan populaire historique du 22 février et des appels quant à la démission de l’ancien président et son clan qui voulait le reconduire pour un cinquième mandat présidentiel, avaient fait de l’Armée nationale populaire une véritable soupape et un rempart républicain contre toute aventure. Depuis le déclenchement de l’élan populaire du 22 février à nos jours, c’est-à-dire 10 mois de mobilisation des Algériens et des Algériennes, aucune goutte de sang n’a coulé. Ainsi, l’institution militaire à sa tête le défunt chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah en l’occurrence, a su se démarquer du côté du peuple et sauvegarder l’entité nationale des risques de sa dislocation en faisant face à des menaces multiples et diverses. Une chose est sûre, l’Histoire retiendra que le général de corps d’armée Gaïd Salah a su protéger le pays du spectre de la division et de l’effondrement de l’Etat national. Gaïd Salah fait partie des hommes qui ont été interpellés par l’histoire du pays dans un moment et un tournant historique charnière et qu’il a su répondre d’une manière stoïque à l’appel de la patrie en montrant ainsi son attachement au serment des martyrs de la glorieuse révolution libératrice. Enfin, le défunt a consacré sa vie entière au service de l’Algérie, aussi bien lors de la Glorieuse guerre de libération qu’après l’indépendance en tant qu’officier supérieur dans l’Armée nationale populaire (ANP). Tout au long de sa carrière, Ahmed Gaïd Salah avait eu un rôle axial dans la préservation de la stabilité et de la sécurité de l’Algérie. Comme le souligne notre confrère Yasmina Houmad, Ahmed Gaid Salah a su incarner à merveille une certaine idée de l’Armée populaire nationale, véritablement digne héritière de l’Armée de libération nationale, et dont il est issu, une armée qui ne peut se retourner contre son essence, le peuple, une armée qui n’a plus aucune velléité de pouvoir politique. En somme, il y aura bel et bien un avant et un après Ahmed Gaid Salah.

Y. M.



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