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N° 114 - Juin 2018

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DGSN

Le général-major Hamel plaide pour une stratégie commune

Lutte contre la cybercriminalité dans la région Mena et l’Afrique du Nord

Par Smail ROUHA



Le développement des technologies de l’information et de la communication en Afrique n’a pas que du bon. La vulgarisation des réseaux numériques a entrainé une explosion de la cybercriminalité. Bien qu’elle reste souvent assimilée à un désert numérique, l’Afrique s’est forgé une sinistre réputation de sanctuaire de la cybercriminalité. En effet, la cybercriminalité n’est plus ce qu’elle était il y a une décennie. Elle a muté à la vitesse de l’évolution technologique et de la réorganisation des cartels, favorisée, dans certains pays, par la pauvreté et la corruption de masse. L’Afrique n’est-elle pas déjà connue pour être le continent d’où vient la légendaire escroquerie sur Internet dite « 419 », appelée également fraude 419, Scam 419 ou arnaque nigériane. En outre, l’Afrique tend à devenir le lieu de cybercrimes plus sophistiqués. D’autant que des étrangers contraints de fuir des poursuites plus efficaces et mieux appliquées dans leurs pays d’origine peuvent rejoindre les cybercriminels d’Afrique alors que les infrastructures Internet du continent continuent de progresser. Pour faire face, il est impératif d’adopter un cadre juridique consensuel pour mieux lutter contre la cybercriminalité en Afrique, en général, et dans la région MENA et l’Afrique du Nord, en particulier. C’est l’objectif que se sont assignés les participants à la 11e réunion des chefs d’unités de lutte contre la cybercriminalité de onze pays de la région du Moyen-Orient (MENA) et l’Afrique du Nord tenue à Alger au Centre de commandement et de contrôle de la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), coorganisé avec le Secrétariat général d’Interpol en coopération avec le projet CyberSud et Police algérienne. Dans son allocution de clôture, le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, président du Mécanisme de coopération policière africaine (Afripol), a appelé, en présence de Taka Yoki Yoko, directeur du complexe de l’innovation d’Interpol, au renforcement des capacités des services de police en région MENA et en Afrique du Nord, et à poursuivre les efforts entre les pays de la région à travers la mise en place de stratégies « communes et efficaces » pour faire face aux défis de la cybercriminalité qui menace autant les citoyens que les institutions publiques et privées. Une stratégie axée sur l’élaboration de solutions techniques adéquates dans la lutte contre la cybercriminalité, avec la définition des priorités. « La lutte contre la cybercriminalité nécessite le renforcement des capacités des services de police dans la région MENAet de l’Afrique du Nord. La coordination est à intensifier pour combattre les crimes d’une façon générale et la cybercriminalité d’une façon particulière », souligne le général-major Abdelghani Hamel, précisant que cette rencontre a été une occasion pour échanger les expériences et le savoir-faire des experts internationaux, représentant notamment le complexe de l’innovation de Singapour, l’Interpol et les entreprises internationales dans les TIC. « Ces échanges ont abouti à des recommandations permettant de faire le diagnostic de la cybercriminalité et l’identification des défis à relever en matière de lutte. Se pencher surtout sur les menaces de ce crime et son impact sur le développement des sociétés », indique-t-il, assurant que les travaux de cette réunion sont en faveur du renforcement d’une coopération constructive entre les différents acteurs. Un appel déjà lancé lors des travaux de la 2e Réunion des chefs de police et de sécurité de la région MENA, tenue en novembre 2017 au siège de l’Interpol à Lyon (France) où le général-major Abdelghani Hamel avait mis l’accent sur l’importance de la coordination sécuritaire dans la région du MENA dans le cadre des mécanismes de mise en application de la loi en matière d’échange d’informations et d’expériences permettant la consolidation des compétences et les niveaux de performance, appelant à mettre à profit les bases de données et des capacités de l’Interpol. Pour rappel, le président de la République Abdelaziz Bouteflika, a mis en garde, dans un message à l’occasion de la 35e Session du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, tenue à Alger, contre les formes de connexions entre le terrorisme et les formes de criminalité transnationale à travers les technologiques modernes, notamment les sites web et les réseaux sociaux. Le chef de l’Etat a indiqué, à ce propos, que « cet espace virtuel constitue un défi sécuritaire pour nos pays arabes, d’autant plus qu’il représente un refuge pour les organisations terroristes et tous les réseaux criminels, parce qu’invisible, notamment celles qui pratiquent la traite des personnes, le trafic d’organes et des migrants illégaux, le trafic de drogue, le trafic d’armes et d’explosifs, la falsification d’identité et de documents, outre son rôle dans l’enrôlement de nouveaux combattants et l’établissement de liens entre les différents réseaux de combattants, ainsi que la mise en place de sources de financement qui échapperaient au contrôle institué pour tarir les sources de financement classiques ». En effet, le DGSN a affirmé lors de l’ouverture de la réunion que « l’utilisation massive des technologies de l’information et de la communication a engendré une hausse du taux de la criminalité sous toutes ses formes, notamment la cybercriminalité de portée internationale, le piratage des données et systèmes informatiques et les opérations criminelles dans ce monde obscur ainsi que la circulation des monnaies virtuelles », soulignant que l’espace électronique est « devenu un refuge pour les organisations terroristes et tous les réseaux criminels, de par son rôle dans le recrutement de nouveaux combattants, l’établissement de liens entre ces réseaux et la garantie de sources de financement hors contrôle», mettant en exergue le rôle que peut jouer Afripol dans la lutte contre différentes formes de criminalité y compris la cybercriminalité.

De la nécessité de tarir les sources de financement du terrorisme

« La lutte contre la cybercriminalité constitue une priorité pour l’Algérie qui mène contre ce fléau une lutte sans merci», a affirmé le général-major Abdelghani Hamel. Il a précisé qu’une lutte « sans merci est menée contre ce phénomène et elle doit être engagée d’une façon plus efficace ». Le DGSN n’a pas caché son appréhension quant aux proportions alarmantes que commence à prendre la cybercriminalité notamment à caractère international via les nouvelles techniques informatiques. Le piratage des données et des systèmes informatiques, les transactions criminelles, telles que le Dark Net, et le transfert illicite de mannes financières sont autant de crimes qui se commettent dans l’espace virtuel. En augmentation constante, la cybercriminalité constitue un obstacle au développement et une menace pour la paix et la stabilité. La cybercriminalité fait perdre aux pays d’Afrique subsaharienne quelque 3 milliards de dollars par an, soit 0,20% du PIB de la région. La région Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) perd 5 milliards de dollars par an en raison des cyber-fraudes et des attaques informatiques. A l’échelle mondiale, la cybercriminalité coûte désormais 608 milliards de dollars par an, un chiffre en augmentation continue en raison de la compétence grandissante des pirates et de l’essor des cryptomonnaies. « Cela profite aux groupes terroristes qui tentent par tous les moyens de trouver des sources de financement et de rallier à leur cause le maximum de jeunes », a expliqué le DGSN. En effet, le financement du terrorisme représente un enjeu mondial majeur auquel Alger a toujours appelé les pays individuellement et collectivement à prendre les mesures requises pour mieux contrôler, entraver et tarir ces multiples sources de financement du terrorisme. Dans ce sillage, le général-major Abdelghani Hamel a soutenu que les efforts doivent être adaptés à cette donne née « d’une mauvaise utilisation des nouvelles technologies ». Il a plaidé ensuite pour une coopération et un échange d’expériences pour « établir des stratégies de lutte susceptibles de garantir un espace virtuel sécurisé pour tous ».

Le rôle de l’Algérie mis en avant

Le Président d’Afripol a rappelé que les dernières années ont été marquées par une prolifération sans précédent de la cybercriminalité qui n’a pas porté atteinte uniquement à la vie privée des personnes, mais même endommagé de sensibles systèmes informatiques. « L’agression des mineurs, la commercialisation de drogues et de produits prohibés, l’incitation à la violence par des idées destructrices contraires aux principes nationaux sont autant de crimes qui doivent être cernés », a indiqué le général-major Abdelghani Hamel précisant que l’Algérie considère la cybercriminalité comme une « priorité » suite aux réformes initiées par le président de la République. En effet, le législateur algérien a depuis 2004 mis en place un arsenal juridique de lutte contre la cybercriminalité. En ce sens, les dispositions d’enquête ont été consolidées par de nouvelles procédures visant le renforcement du rôle de la saisie judiciaire. Parallèlement, la DGSN a également adapté ses structures. Ainsi, de nouvelles unités de lutte contre ce crime ont été instaurées à l’échelle locale et régionale. Elles sont chargées de mener des enquêtes d’investigation et des opérations d’anticipation et de sensibilisation. Une réalité réaffirmée par Carlos Garcias, responsable de l’information du projet Euromed+4 financé par la Commission européenne, qui a mis en avant le niveau appréciable de l’expérience algérienne dans ce domaine, soulignant que les qualités de sa police sont reconnues à l’échelle internationale. Tandis que Taka Yoki Yoko, directeur du complexe de l’innovation d’Interpol, basé à Singapour, a affirmé que l’Algérie a assumé sur le plan sécuritaire un rôle important dans la région MENA.



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