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N° 123 - Oct 2019

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Finance

« Nous avons un potentiel de 5 à 7 milliards de dinars de chiffre d’affaires »

Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances

Par Yahia MAOUCHI



El Djazair.com : Monsieur le PDG, de prime abord, merci de nous présenter succinctement vote compagnie d’assurances.  

Hassen Khelifati : : Alliance Assurances est une compagnie d’assurance privée algérienne. C’est la deuxième compagnie privée en termes de chiffre d’affaires et de positionnement. Elle contrôle 4,5% du marché des assurances en Algérie, des marchés dommages. En plus de nos six autres filiales, nous intervenons dans plusieurs secteurs d’activités. Nous employons, si nous intégrons toutes les autres filiales du groupe, mille employés directs et deux mille employés indirects. En termes de chiffres d’affaires, nous avons clôturé l’année 2018 sur un taux de progression de 4,17% comparativement à l’année précédente. Et nous avons franchi, pour la première fois, le seuil de 5 milliards de dinars, sachant que la partie dommage a progressé de moins de 1% en 2018. En somme, nous avons fait quand même trois fois plus que le marché. En termes, de lancement de produits, nous sommes leader sur la publicité digitale, sur notre secteur du moins. Nous avons lancé plusieurs nouveautés en 2018, notamment la nouvelle formule des assurances dédiées aux femmes, « Laki » et « Oto km ». Mais sinon, nous avons de nombreuses offres sur mesure, adaptées au pouvoir d’achat de nos assurés et de nos clients particuliers et corporate, telle que la formule populaire de « Kiss Kiss ». Pour 2019, nous sommes en train de travailler sur de nouvelles offres, et une nouvelle activité commerciale pour la prochaine rentrée sociale. 

El Djazair.com : Quels sont les principaux produits phares d’Alliance Assurances ?

Hassen Khelifati : Nous avons l’assurance automobile avec ses différentes variantes et offres. Nous avons également, l’assistance que ce soit l’assistance voyage, ou l’assistance auto en Tunisie « OTO Tunizen », dont nous avons été les pionniers, avant que ce segment ne soit repris par d’autres compagnies. Nous avons également des produits en termes de couverture pour les professionnels, les industriels, les transporteurs…. Tous ces segments du marché sont catégorisés. Par contre, nous avons développé pour notre clientèle, notamment professionnelle, des outils pour lui faciliter les démarches, que ce soit la souscription ou la déclaration de sinistre. Et nous avons lancé exclusivement, en 2019, deux applications. D’abord le premier portail de souscription en ligne pour les professionnels qui sont avec nous. Comme nous avons lancé également, pour la première fois en Algérie, le portail espace client, dédié à nos meilleurs clients et qui est en train d’être généralisé à tous les clients professionnels. C’est un portail web sécurisé avec des mots de passe et des accès, dédié à notre clientèle et qui lui donne une relation privilégiée. Grâce à cette application, notre clientèle peut suivre ses contrats, ses paiements, ses sinistres et peut aussi entrer en contact directement avec les structures centrales de la compagnie, en cas de besoins d’aide, ou d’intervention au niveau local. Cette interaction avec notre clientèle facilite les relations et les rend fluides. Ce qui permet à nos clients de nous challenger et de mesurer notre degré de professionnalisme et de réactivité. Nous sommes en train de digitaliser beaucoup de services. Donner une information en ligne à nos clients exige beaucoup d’efforts pour les satisfaire. Mais cela fait partie de nos engagements et de notre contrat de confiance.

El Djazair.com : Quels sont les défis à relever et les entraves rencontrées par votre compagnie d’assurances ?  

Hassen Khelifati : Concernant les entraves, à mon avis, il est temps de changer certaines lois qui bloquent l’activité des assurances, en mettant, notamment, à travers une régulation indépendante, un terme à la vente à perte, à l’octroi des créances douteuses dans le secteur, afin de développer le marché financier. Parce qu’aujourd’hui, la loi vous oblige à placer 50% de vos fonds en bons du Trésor. Certes c’est bien, c’est une manière de financer l’économie nationale mais dommageable pour les compagnies. Et pour cause, nous sommes sur un taux négatif, parce que quand l’inflation atteint les 10% et que vous êtes rémunéré à 2 ou 3%, vous perdez de l’argent et personne ne va venir vous le rémunérer. Nous voulons plus de flexibilité. Autant de contraintes à lever et de défis à relever. Ensuite si l’environnement institutionnel réglementaire est adéquat, nous sommes prêts à la concurrence déloyale sur les produits, les services, sur la valeur ajoutée, sur la qualité des produits, sur les délais de remboursement, sur l’innovation, la communication. A Alliance Assurances, nous avons des équipes capables de relever tous ces défis, mais nous ne pouvons pas faire tout cela, et en même temps lutter pour survivre chaque jour. Donc, à un certain moment vous privilégiez la lutte pour survivre que de relever d’autres défis.           

El Djazair.com : Alliance Assurances fait-elle face à une concurrence déloyale ?

Hassen Khelifati : Bien sûr, pis encore, en plus de la concurrence déloyale, nous déplorons l’absence de régulation sur le marché algérien. Pourtant la régulation est indispensable pour le secteur des banques et des assurances. Le secteur des assurances nécessite une régulation indépendante. Aujourd’hui, la commission de supervision des assurances est présidée par le directeur général du Trésor, qui est lui-même président des Assemblés générales du secteur public. De ce fait, et indépendamment des personnes, il y a un conflit d’intérêts. Cette situation, même si elle n’est pas une priorité pour le ministre des Finances ou le Premier ministre, devrait l’être pour les prochains gouvernements qui doivent se pencher sur ces problématiques au risque de voir l’effondrement du secteur des assurances en Algérie.

El Djazair.com : Les compagnies publiques sont-elles vraiment avantagées au détriment des compagnies privées en matière d’accès aux marchés publics ?

Hassen Khelifati : Oui. Ces pratiques ne datent pas d’aujourd’hui. Nous les avons dénoncées au Premier ministre de l’époque ainsi qu’aux membres de la tripartite, comme nous avons dénoncé toutes ces pratiques illégales le 22 décembre 2016. Pour activer dans les assurances dommages, la loi impose un capital minimum, 2 milliards de dinars. Or pour bloquer les compagnies privées, certains bureaucrates, sachant que le capital de la meilleure des compagnies privées ne dépasse pas les 5 milliards de dinars, impose un capital minimum de dix ou vingt milliards de dinars. Une condition à laquelle seul le secteur public peut répondre. Les compagnies publiques existent depuis l’indépendance. Ce qui leur a permis de cumuler des biens, des capitaux d’une trentaine de milliards de dinars et des fonds propres… L’ouverture du secteur des assurances aux privées remonte à 1995. Le problème les compagnies du secteur privé sont exclues même sur de petites APC, des petits centres de soins à l’intérieur du pays, dont l’assurance ne dépasse même pas 2 à 3 millions de dinars de prime. C’est inacceptable. Une pratique que nous avons dénoncée au Conseil de la concurrence mais qui ne fonctionne pas selon les règles de l’impartialité. Aussi devant cette concurrence déloyale, nous plaidons pour des règles, plus ou moins, neutres.   

El Djazair.com : Que pensez-vous du partenariat public-privé dans le secteur des assurances ?

Hassen Khelifati : Aujourd’hui, certains partenariats publics-privés sont des exemples, notamment dans l’assistance automobile, ou domiciliaire. Certains partenariats donnent entièrement satisfaction de par la qualité de services qui sont aux normes internationales. Après nous pourrons travailler entre compagnies d’assurances, sur la partie coassurance. C’est-à-dire, faire participer les privés dans des gros contrats de coassurance, pour de petites parties, pour apprendre aussi à gérer ces gros contrats, mais aujourd’hui ça ne suffit pas. Et pour cause, chacun est dans son coin, le public travaille avec le public, et certains publics travaillent, toujours dans la coassurance, avec les compagnies françaises de la place. Mais entre le public et le privé algérien, en termes de coassurance, à ma connaissance rien n’est fait. On n’en parle chaque année, mais ça reste des objectifs que nous n’avons jamais pu atteindre, ni réaliser. Nous avons également signé des accords multilatéraux, pour contrôler le secteur public et privé et les membres de l’UAR (Union des assurances et réassurances), pour mettre un terme à la guerre des prix, et nous attendons depuis deux ans la réponse de la tutelle, en vain. Cette guerre des prix nous porte préjudice en termes de chiffre d’affaires. Nous espérons que la tutelle prendra en charge cette problématique car le secteur est en train d’étouffer.  

El Djazair.com : Comment situez-vous le marché des assurances ? Ses points forts et ses faiblesses ?

Hassen Khelifati : Vous savez, le secteur des assurances est vraiment contrasté. Si nous regardons son potentiel c’est un secteur qui peut accompagner et financer notre économie. C’est un secteur créateur de beaucoup d’emplois. Nous avons un potentiel de 5 à 7 milliards de dinars de chiffre d’affaires, selon certains experts, mais aujourd’hui, nous ne réalisons qu’un milliard de dinars, et cela je le dis haut et fort, par la faute des acteurs du secteur et des lois obsolètes. Si nous établissons une régulation indépendante, une refonte des lois pour protéger, et les assurés et les assureurs selon les règles universelles, notamment en termes de la vente à crédit, de la concurrence déloyale, et des réserves…, nous pouvons facilement multiplier par deux ou trois notre chiffre d’affaires en Algérie. Aujourd’hui, les acteurs ne sont pas challengés. D’ailleurs le 17 décembre 2016, le ministre des Finances de l’époque a avoué l’existence de certaines pratiques de dumping et de sous-provisionnement dans le secteur des assurances. Si ces pratiques sont jugulées, le secteur des assurances atteindra les 5 milliards de dinars qui vont revenir sous forme d’investissement, et qui dit investissement dit croissance, et qui dit croissance dit création d’emplois et de valeurs. C’est un cercle vertueux, mais il faut qu’il y ait de la volonté politique et celle des acteurs.  

El Djazair.com : Quels sont vos perspectives et vos objectifs ?

Hassen Khelifati : Alliance Assurances continue de développer d’abord son activité, cœur du métier, avec de nouveaux services et produits dans l’assistance, la valeur ajoutée, la qualité des produits. Nous continuons à essayer d’investir dans différents domaines. Notre premier objectif est de construire notre siège à Bab Ezzouar, nous sommes en train de finaliser les financements pour lancer les travaux. En second lieu, consolider notre position sur le marché, tout en continuant à développer notre réseau et former l’existant. Nous travaillons également sur la digitalisation des opérations, même sur le plan de la communication digitale. Après, nous continuons aussi à développer le réseau d’expert et de formateur. Et en tant que vice-président de l’Union algérienne de l’Assurance et de la réassurance (UAR), j’essaie aussi de faire avancer les choses au sein de cette organisation, et faire sortir l’accord multilatéral pour la maitrise des tarifs automobiles. Je travaille également sur l’accord multilatéral de l’indemnisation directe des assurés, afin d’assurer un gain de temps important pour les clients, pour qu’ils soient remboursés rapidement quand il y a deux compagnies en jeu. A cet effet, nous voulons qu’il y ait de vraies réformes du secteur, telles que l’indépendance de la régulation, la régulation des prix, des créances, le problème de la relation public-privé, et l’accès aux marchés publics. Il faut également mettre en exergue la relation avec les courtiers d’assurance. Ce sont des choses sur lesquelles nous travaillons aujourd’hui, et que nous sommes en train de mettre en place au fur et à mesure que nous avançons dans le secteur. Certes nous avançons très lentement, mais nous pouvons aller plus vite, et l’Algérie a les potentialités nécessaires d’avoir un marché plus dynamique et le plus prometteur de la zone. 

El Djazair.com : Alliance Assurances est la première société privée cotée à la Bourse d’Alger, quel bilan faites-vous de ce challenge ?

Hassen Khelifati : Certes je n’ai pas de bilan particulier à présenter, mais nous sommes pratiquement aujourd’hui cotés en bourse par habitude, que par objectif. C’est vrai qu’aujourd’hui nous sommes contents, parce qu’il y a plus de titres en vente, il est très demandé sur le marché. Mais il faut préciser que nous avons longtemps souffert d’un marché terne. Il n’y avait pas de transactions. Le titre a perdu beaucoup de valeur, parce qu’il a été attaqué. Il n’a pas été protégé par les autorités boursières. Notre compagnie a perdu presque 150 millions de dinars, soit 50% de sa valeur à cause d’une attaque sur 40 titres à 27 000 DA. C’était malveillant, et nous l’avons dénoncé à l’époque. La compagnie a beaucoup souffert de ces attaques. Néanmoins, les choses se sont redressées. Nous distribuons les dividendes chaque année. Cette année, nous avons distribué encore 45 dinars, c’est-à-dire presque 11 à 12% de la valeur du titre de rentabilité. Nous travaillons également pour ne pas laisser les titres en vente en attente. A cet effet, nous avons mis un mécanisme d’achat. Mais la bourse ne peut pas fonctionner avec quelques titres, et sans l’intervention de tous les acteurs, notamment le secteur bancaire qui détient le monopole des UIB. Aujourd’hui, vu l’état général de l’économie nationale et le moral des chefs d’entreprises à l’ombre de ce qui se passe actuellement, il ne faut pas compter beaucoup sur les banquiers pour qu’ils animent la bourse. En outre, l’absence aujourd’hui d’un marché financier dynamique en Algérie se répercute sur la bourse, et sur le développement des marchés des assurances des personnes. Il ne faut pas se leurrer, le marché des assurances des personnes ne peut pas fonctionner avec des assurances voyages et quelques produits (assurances groupe et assurances crédits). Sous d’autres cieux, une assurance de personnes est une assurance qui s’appuie sur un marché des finances dynamiques, avec différents produits. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas proposer à votre client un produit à rentabilité négative. Sur quelle base vais-je promettre à mon client de lui assurer tel rendement sur 5 ans ou 10 ans, si je n’ai pas de visibilité sur le marché financier, qui est pratiquement plus un marché administratif qu’un marché financier réel et dynamique. Enfin, il faut le dire, nous n’avons pas encore tous les moyens pour réaliser une bourse dynamique, comme ça se fait ailleurs. Certes, nous avons les structures, les lois, nous avons les hommes et les femmes, mais le reste viendra. 

El Djazair.com : Un dernier Mot ?

Hassen Khelifati : J’espère que l’économie algérienne et l’Algérie nouvelle s’en sortiront le plus tôt possible, et que les choses iront pour le mieux, et qu’il y aura ce dialogue franc et national appelé par tous, le plus rapidement possible, et que nous, les hommes d’affaires, la communauté d’affaires, aurons la perspective pour se remettre aussi à construire le pays, parce qu’aujourd’hui, tout le monde est tétanisé. J’espère que les choses vont aller rapidement et qu’il y aura une perspective quelle qu’elle soit, pour qu’on puisse se projeter, relancer les projets d’investissement, relancer la création d’emplois et de valeurs, et que les hommes d’affaires et les banques seront également rassurés, car ils ont peur aujourd’hui. Que ceux qui ont été hors réglementation doivent répondre de leurs actes devant une justice indépendante et juste. Il ne faut pas qu’il y ait une chasse aux sorcières, ou une justice de vengeance, mais plutôt une justice qui fasse son travail, que les gens reprennent le travail. Après l’Etat algérien a tous les moyens pour sauvegarder ses intérêts et récupérer l’argent du peuple algérien, s’il a été prouvé qu’il a été détourné.     

Y. M.



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