Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 117 - Nov 2018

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Contribution

A la découverte des merveilles de l’Algérie, inscrites au Patrimoine mondial de l’Humanité

Tourisme, culture et histoire

Par maître Serge Pautot,



Sait-on que l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) a inscrit sept sites de l’Algérie au patrimoine mondial de l’humanité, créant par là même des trésors que nous voulons présenter pour les avoir presque tous visités au fil des années passées en Algérie. Allons donc à la découverte de ces sites historiques, archéologiques, scientifiques, religieux et touristiques qui contribuent à la renommée mondiale de l’Algérie. Dès mon arrivée en Algérie, après l’Indépendance, j’ai eu le privilège d’être initié à l’histoire de l’Algérie, d’en découvrir sa beauté et de ressentir aussitôt après un grand amour pour ce magnifique pays, le plus grand d’Afrique, dont l’histoire est rayonnante depuis bien avant l’antiquité ! Avec, en plein Sahara, le plus grand musée à ciel ouvert de milliers de gravures et de peintures rupestres du néolithique, c’est-à-dire il y a plus de dix mille ans alors que les ruines de l’Antiquité romaine, comme Tipasa, Timgad ou Djemila que j’ai visitées, ne remontent qu’à un peu plus de vingt, vingt-cinq siècles. C’est toujours une grande contemplation et une grande émotion ressentie en découvrant ces lieux.Et puis, l’Islam va donner aussi son empreinte à un autre type de civilisation avec Alger, la Casbah, la pentapole du M’zab que j’ai visité dès l’année 1965, grâce aux vacances scolaires que nous mettions à profit (jeunes instituteurs coopérants) pour visiter d’est en ouest et du nord au sud l’Algérie. Oui, grâce à ces extraordinaires « ballades » nous avons découvert les merveilles, les trésors de l’Algérie qui n’étaient pas encore inscrites au Patrimoine mondial de l’Humanité.

La reconnaissance mondiale des richesses et beautés de l’Algérie

L’Algérie, en collaboration avec l’Unesco, qui a élevé sept sites au rang de patrimoine mondial, poursuit aujourd’hui les opérations de fouilles planifiées et organisées sur les anciens sites existants comme El Djamila, Cherchell, Batna, la Kalaâ des Béni Hammad et fouilles de nouveaux sites. Ce pays recèle aussi les plus grands musées à ciel ouvert du monde, le Tassili et ses 80 000 km², le Hoggar et ses 500 000 km².
Comment peut-on bénéficier de cette reconnaissance au patrimoine mondial de l’Humanité ? Dix critères sont retenus par le Comité du patrimoine mondial qui vient encore de se réunir en juillet de cette année à Bahreïn pour examiner de nouvelles propositions de richesses culturelles. Parmi les dix critères retenus, citons en particulier :Pour les biens culturels : représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain, apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue.Pour les biens naturels : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.Les sept sites algériens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial sont les suivants :La Kalâa des Béni Hammad (1980)Djemila (1982)Timgad (1982)Tipasa (1982) Vallée du M’Zab (1982) Tassili N’ajjer (1982) Casbah d’Alger (1992) et Casbah Centre historique (2013)

La Casbah d’Alger : un témoin de l’histoire méditerranéenne

C’est la ville historique et la partie de la capitale qui regroupe l’essentiel des réalisations architecturales algéroises, dans l’un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée, surplombant les ilots où un comptoir carthaginois fut installé dès le IVe siècle avant J.-C. La Casbah est un type unique de médina, lieu de mémoire autant que d’histoire, avec des vestiges de la citadelle sur le haut, des mosquées anciennes, des palais ottomans ainsi qu’une structure urbaine traditionnelle associée à un grand sens de la communauté !J’ai eu le privilège d’habiter à l’entrée de la Casbah, la Rue de Bône, à quelques mètres du marché de la rue de la Lyre, aujourd’hui Place Amar Ali (plus connu sous le nom d’Ali la Pointe). J’étais au cœur de la vieille ville et de la Casbah, très pittoresque, animé et coloré de la Lyre, quartier mythique de la ville, j’aimais y flâner, me promener et descendre au milieu des rues en pentes et très étroites de la basse Casbah, de la rue Bouzrina (qui court parallèlement au-dessus de la rue Bab-Azoun) pour aller jusqu’à la Place des Martyrs. J’y retourne encore maintenant avec grand plaisir même si le « cachet » typique a un peu disparu et l’environnement beaucoup plus hétéroclite et encombré.Mais, j’ai été également dans la Haute Casbah car dans les années 1968, il y avait des croisiéristes italiens qui faisaient l’escale touristique à Alger. J’avais trouvé le job de guide pour faire visiter la Casbah de « haut en bas » depuis la citadelle jusqu’à l’Amirauté, via la Place des Martyrs, Quelle magnifique promenade d’une matinée où je faisais revivre, avec mes modestes connaissances d’histoire, toute la saga de la Casbah. Je commençais depuis la partie haute, par la citadelle et la prison Barberousse dont la construction remontait au XVIe siècle. Puis l’incident du 30 avril 1827, où dans son Palais de la Casbah, le Dey Hussein soufflette de son éventail le Consul de France qui sert de prétexte à la prise d’Alger par les Français le 5 juillet 1830. L’armée française apportera des transformations en démolissant une grande partie de la basse Casbah et en y érigeant l’actuel « Place des Martyrs ». La Casbah, qui allait jusqu’à la mer, est reléguée à l’arrière-plan de la ville par le front de mer et son architecture en arcades avec l’introduction du style haussmannien (boulevard Che Guevara et Zighoud-Youcef). Mais Alger qui devient une ville où va cohabiter le nouveau et l’ancien va cependant bénéficier d’un courant architectural néo-mauresque dont la construction de la « grande Poste d’Alger » en 1913 dans les quartiers plus européens. La Casbah, qui n’a jamais retrouvé son importance des siècles passés, va cependant jouer un rôle pendant la guerre de Libération. Après le congrès de la Soummam, les dirigeants décident de s’établir dans la Casbah, propice à la clandestinité et pour pratiquer la guérilla urbaine. Cette implantation a été parfaitement illustrée dans le film La bataille d’Alger en 1967, où j’ai même fait de la figuration pour le réalisateur et la société Casbah film. La Casbah est également concernée par les manifestations de décembre 1960 où la population algérienne descend dans le centre-ville et également par des manifestations populaires au moment de l’Indépendance.C’est là que s’est forgée et constamment renforcée l’identité algérienne durant l’occupation coloniale. Elle a été l’un des plus importants creusets du nationalisme. La Casbah exprime donc une triple dimension, artistique, culturelle et politique, ce qui lui donne une importance nationale.La Casbah d’aujourd’hui, bien que classée patrimoine universel depuis 1992, laisse deviner les splendeurs des maisons et de son prestigieux passé, ses palais, ses terrasses surplombant la mer, ses patios … un éblouissement. « Ceux qui ont construit la Casbah avaient atteint un chef d’œuvre architectural et d’urbanisme », avait déclaré le célèbre architecte Le Corbusier. Outre sa richesse artistique, la Casbah est un précieux témoin de l’histoire de l’Algérie.

Tipasa : un site archéologique inégalé
 Le Mausolée royal de TipazaLa première excursion que j’ai faite en Algérie, c’est la visite de Tipasa, au mois d’août 1964. Je n’avais pas de voiture et je m’y étais rendu en « auto-stop », deux voitures m’avaient successivement pris en charge pour faire ces 60 km depuis Alger. Tout était très calme et très ensoleillé. Et comme me l’avait dit dans la voiture mon généreux chauffeur : « Vous verrez, ce ne sont que des ruines, mais des ruines romaines comme toutes les villes de la Méditerranée. Vous verrez la richesse de ces vestiges quasiment baignés dans la mer » Lorsqu’on arrive à Tipaza, c’est d’abord des vestiges, enserrés dans les pinèdes et les oliveraies baignées par le chant des grillons et un soleil ardent. Ainsi que la formidable paix qui règne dans cet endroit, halte pour les Phéniciens, cité pour les Romains, « demeure pour les dieux ».A Tipasa, nous indique le guide de l’Office algérien du tourisme, « le visiteur ouvre le livre de notre histoire. Il y découvre les vestiges remarquables de cet effort millénaire des hommes de notre pays pour maîtriser leur environnement. Ce qui constitue très exactement, comme le disait Ibn Khaldoun, « la civilisation ». Par ses vestiges archéologiques, son paysage et sa lumière exceptionnelle, ces lieux enchanteurs, hors du temps et de l’espace, habités par la beauté et la poésie, témoignages érigés dans la pierre se révèlent à nous encore aujourd’hui dans toute leur majesté ; ils perpétuent le reflet de l’expression créatrice de nos ancêtres. »A l’inverse de Timgad et Djemila que je découvrirai plus tard, Tipasa offre un site éclaté, beaucoup moins compact que les deux autres cités romaines. Car il y a trois sites, deux parcs archéologiques localisés à proximité de l’agglomération actuelle et le mausolée royal de Mauritanie. Tipasa a été une escale maritime, d’abord comptoir carthaginois, lieu d’échanges, puis la période romaine et chrétienne ensuite.Ici, le visiteur peut se rendre compte de ce que pouvait être la vie quotidienne dans une cité antique ; il circule dans les rues de la cité partant de l’arène de l’amphithéâtre pour rejoindre l’esplanade majestueuse du Forum ou le péristyle d’une demeure aristocratique, il retrouve des temples et des boutiques, des thermes et des basiliques. Il contemplera le Nymphée et méditera sur les gradins du théâtre. Dans ces ruines, les plus émouvantes de l’Algérie antique, tout mérite d’être vu, d’être apprécié : forum, temple, basiliques, nécropoles…Publié en 1939 à Alger, Noces de l’écrivain pied noir Albert Camus est un recueil composé de quatre récits dont Noces à Tipasa, un de ses plus beaux écrits inspiré par la beauté du site de Tipasa. Une stèle érigée sur ce site antique reprend même une phrase de ce texte : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure », on s’imagine alors l’amour que porte l’auteur pour les paysages de son Algérie natale. Il y a aussi au musée archéologique de Tipaza, une mosaïque tout à fait originale, datée du IVe siècle av. J.-C avec l’inscription « in Deo, Pax et Concordia Sit Convivio Nostro », une invitation pour le visiteur au partage de la paix et de la concorde sous la protection divine. A chaque voyage en Algérie, je tente, avec des amis de retrouver, ces sites, ces vestiges du passé, un appel à la contemplation de l’histoire du monde et des mystères de la vie.

La Kalaâ des Beni Hammad : la première capitale des émirs hammadites

Dans un site montagneux d’une saisissante beauté, les ruines de la première capitale des émirs Hammadites, fondée en 1007 et démantelée en 1152, nous restituent l’image authentique d’une ville musulmane fortifiée. Sa mosquée, avec sa salle de prière de 13 nefs à 8 travées, est l’une des plus grandes d’Algérie.Comme leurs suzerains fatimides, les Zirides, qui siègent à Kairouan, sont constamment attaqués à l’ouest par les Zanâtas, clients du califat de Cordoue. L’étendue du territoire et le danger des attaques amènent Badis à déléguer une partie de son pouvoir à Hammad qui est chargé de contrôler tout l’ouest du territoire. Grâce à sa détermination, son art militaire et son courage, Hammad s’acquitte parfaitement de sa mission. Parce que Achîr est trop excentrée par rapport au territoire à contrôler, qui s’étend de Tiaret à l’Ouest à Tébessa à l’Est, et aussi pour affirmer son rang et sa puissance, Hammad fonde, en 1008, la Kalaâ. Son choix se porte sur un site connu sous l’appellation de Kalaâ Abî Tawîl, situé sur le versant sud du djebel Maadid, au nord-est de M’sila. Hammad y établit son pouvoir et commence la construction de sa capitale, qui sera connue sous le nom de la Kalaâ des Béni Hammad.La Kalaâ des Béni Hammad dresse les vestiges de ses palais, de sa muraille et du minaret de sa mosquée sur le flanc sud du djebel Maadid. Située à quelques dizaines de kilomètres de M’sila, la ville fut fondée au XIe siècle et devint la capitale d’une dynastie qui tint un rôle important dans l’histoire maghrébine. Je me rends annuellement à M’Sila à l’université et j’ignorais la Kalaa. Je me promets de me rendre sur ces lieux, témoignage sur la civilisation passée des émirs hammadites avec mes hôtes de M’Sila dès mon prochain voyage dans quelques mois. 

Djemila : la cité romaine Cuicul surnommée « la Jolie » 

Désireux d’en voir plus sur l’Algérie romaine, nous avions décidé, lors des vacances scolaires « de Pâques », en 1965, d’aller découvrir, depuis Alger où nous enseignions, Djemila et Timgad. Par la route que nous empruntons, Djemila n’est pas d’un accès commode. Après Sétif, nous roulons et rencontrons des bergers qui nous donnent des indications, et en montant la route, nous sommes en avril, nous découvrons des plaques de neige et au bas de la côte apparaît Djemila (la belle en langue arabe). Nous sommes à 900 mètres d’altitude. Les ruines romaines sont sur un plateau bosselé au pied d’un demi-cercle de montagne et de la neige au sol. Djemila est belle mais pas aussi aérée que Timgad comme nous le verrons quelques jours plus tard. Djemila est une ancienne cité romaine, c’est un des plus beaux ensembles de ruines romaines au monde. Colonie de vétérans fondée à la fin du premier siècle ap. J.-C., durant le règne de l’empereur Nerva (96-98), la cité s’appelle Cuicul et deviendra Djemila, elle est actuellement l’une des plus importantes villes romaines d’Afrique du Nord. Les ruines sont fort imposantes. Sentinelle romaine au cœur d’un massif montagneux, cette ville antique portant bien son nom actuel El Djemila (la belle en langue arabe), à l’instar des autres colonies, possède un forum au milieu du premier noyau urbain. Véritable centre politique et lieu de rencontre ouvert seulement aux piétons et jonché de bases honorifiques épigraphes portant jadis des statues de divinités et d’empereurs du IIe au IVe siècles, Djemila témoigne de l’esprit d’émulation animant les citoyens pour rivaliser dans l’édification des monuments publics. La cité évoque l’audace, l’opiniâtreté des Romains. Nous étions conquis par cette immensité de ruines, à 900 mètres d’altitude, remarquable exemple d’urbanisme romain. Nous en étions à nous réciter les leçons de nos professeurs de latin et d’histoire. C’était pour nous, jeunes instituteurs un émerveillement et une leçon d’exercice pratique sur le passé.

Timgad : laisser monter les voix du passé! 

Après avoir quitté Djemila et passé quelques jours à visiter Constantine, nous reprenons la route du nord des Aurès pour découvrir Timgad, la très illustre ville romaine qui dresse ses pans de murs, ses colonnes et ses arcs sur une petite colline. Ici, le silence, la sublime paix, laissent monter les voix du passé. Et puis cet arc de triomphe élevé à la gloire de l’empereur Trajan atteste la splendeur passée de Timgad. Ville morte dans un paysage pétrifié, la grande cité romaine des Aurès a été complètement détruite lors des premières invasions du VIIe siècle. Elle avait été fondée en l’an 100 après J.-C., sur ordre de l’empereur Trajan, par les centurions de la IIIe légion.Nulle part, en Méditerranée, sauf à Pompéi, on ne rencontre un ensemble urbain complet comme celui de Timgad. Mais Pompéi était une colonie grecque fondée en Italie, Timgad est romaine. Le spectacle de sa beauté sévère et la richesse incomparable de ses vestiges stimulent l’intellect et touchent les cœurs. A l’entrée du couloir où courait jadis la voie romaine Theveste-Lambaesis, Timgad commande en outre les voies d’accès aux grandes vallées aurasiennes de l’oued Abdi et de l’oued Abiod, empruntées par les nomades qui circulaient entre le Sahara et la Numidie du Nord. Le site est favorable avec son plateau ondulé, légèrement incliné du sud au nord, ultime contrefort de l’Aurès en bordure de la plaine. Les jeunes voyageurs que nous étions étaient émerveillés par l’importance de cette ville romaine. C’était encore plus fort que Djémila, avec ces deux grandes voies, ces grandes colonnes que nous n’arrêtions pas de photographier. Encore une page d’histoire que nous allions apprendre à nos jeunes élèves.

La vallée du M’zab : les merveilles de la vie en communauté

Je me suis rendu plusieurs fois au M’Zab, en 1965, 1975 et 1982. A Alger, la plupart des commerces d’épicerie sont tenus par des personnes qui viennent du M’Zab. Ils se reconnaissent en particulier par leur pantalon bouffant. J’avais des élèves à Alger dont les parents qui étaient mozabites, nous disaient, « aux vacances, allez faire un tour dans le Sud visiter la pentapole du M’Zab, là où sont nos familles depuis des siècles ». Bonne idée, et nous prenons la route des vacances en 1965 qui mène à Ghardaïa, via Djelfa et Laghouat que nous traversons (deux villes que je viens de revoir il y a seulement quelques semaines et où nous avons encore une fois apprécié la qualité de la route – autoroute – et la détente que nous éprouvons en les parcourant).Nous découvrons Berriane, une merveille de petite ville saharienne, où domine le vert des palmiers, mais il faut arriver jusqu’à la merveille des merveilles, la pentapole de M’Zab, c’est-à-dire cinq villes construites par les ibadites, durant une période allant de 1012 à 1353 le long du lit de l’oued M’Zab. Dans ce « Sahara dans le Sahara » condamné naturellement à n’être que très faiblement « humanisé » et à voir s’y réfugier des nomades repliés en transhumance ou en fuite des siècles durant, la nature a pu y être domptée. C’est la Pentapole qui s’impose dans cette vallée. Elle se compose des cinq premiers ksars : Al Ataf ; Bou Noura ; Ghardaïa ; Melika et Béni Ysguen. A la pentapole érigée entre le XIe siècle et le XIVe siècle, s’ajoutent à partir du XVIIe siècle deux centres importants éloignés des ksars d’origine : Guerrara et Berriane.La vallée du M’Zab illustre de manière importante, par l’action acharnée des premières générations d’ibadites, une des définitions de la culture, à savoir la transformation et la soumission de l’espace naturel et de ses composantes par l’énergie de la volonté et la main de l’homme. Ce miracle de vie au milieu d’une région du Sahara est dû à l’oued M’Zab et des quantités de puits ont été creusés à même l’oued.En outre, la palmeraie de Ghardaïa donne lieu à de magnifiques palmiers dattiers et de la culture maraîchère. Lors d’un autre séjour en 1975, plutôt que de coucher à l’hôtel Rostumides, nous décidons de rester coucher chez l’habitant à la Palmeraie et d’assister le lendemain au marché aux chameaux et même des ventes d’ânes. La foule est nombreuse, Ghardaïa se montre partout commerçante et active, produits manufacturés, fruits et légumes sont à la vente. Bien organisé, leur circuit de distribution présente une grande efficacité. Tout cet ensemble homogène constituant une civilisation sédentaire et urbaine autour de leurs cinq villages-ksour leur a valu la reconnaissance de l’Unesco. Une création opiniâtre de la volonté humaine.

Le Tassili N’ajjer, des ensembles d’art rupestre uniques au monde   

Je n’ai pas visité le Tassili N’Ajjer parce que les évènements tragiques des années noires ne m’ont pas permis de m’y rendre, alors que notre voyage était programmé mais hélas annulé. Malgré le regret, nous avions eu le bonheur deux années auparavant de visiter avec mon épouse Tamanrasset, le Hoggar, l’Assekrem et l’abri du Père de Foucault. Quels souvenirs et quelle magie dans le sud algérien. Nous avons fait la route de Tamanrasset à l’Assekrem, passant par une route sauvage pour découvrir ensuite le plateau de l’Assekrem « un chaos » de pointes et d’aiguilles rouges s’élevant à plus de 3000 mètres « La vue est plus belle qu’on ne peut le dire et l’imaginer. Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d’aiguilles, c’est une merveille », dira le Père Charles de Foucault qui y a habitait sur place.Mais revenons au Tassili N’Ajjer. C’est un immense plateau situé au sud-est de l’Algérie à 1.500 mètres d’altitude aux confins de la Libye, du Niger et du Mali, couvrant une superficie de 72 000 km². La densité exceptionnelle des peintures et des gravures et l’existence de nombreux vestiges préhistoriques sont des témoignages exceptionnels de la Préhistoire. Depuis 10 000 ans avant notre ère jusqu’aux premiers siècles, les populations qui se sont succédé ont laissé de nombreuses traces archéologiques, habitats, tumuli et enclos, qui ont livré un abondant matériel lithique et céramique. Toutefois c’est l’art rupestre (gravures et peintures) qui a fait la renommée mondiale du Tassili à partir de 1933, date de sa découverte. 15 000 gravures ont été répertoriées jusqu’à nos jours.L’ensemble remarquable de peintures et de gravures rupestres de diverses périodes confère une renommée mondiale au bien. Les représentations de la période des têtes rondes renvoient à d’éventuelles pratiques magico-religieuse vieilles de quelque 10 000 ans, alors que les représentations de la période des bovidés, marquant la vie quotidienne et sociale, présentent un réalisme esthétique naturaliste comptant parmi les plus célèbres de l’art pariétal préhistorique. Les dernières images montrent des représentations de la domestication des chevaux et des chameaux.D’autre part, une vaste plaine de 500 à 800 m d’altitude, le sillon infra-tassilien, sépare du massif de l’Ahaggar. Cette partie basse est le domaine des ergs dont le plus important est l’erg d’Admer. Seuls des lacets étroits, appelés akba, où l’on circule au milieu d’éboulis vertigineux durant de longues heures et où seuls, le plus souvent, hommes et ânes peuvent s’aventurer, donnent accès au sommet. Les plus connus, ceux de Tafelalet et d’Aghoum, conduisent aux célèbres sites de Tamrit et Sefar pour l’un, Jabbaren pour l’autre ; au nord de Djanet, la passe de l’Assakao, moins abrupte, est accessible aux chameaux. Au sommet, un paysage fabuleux, fait de milliers de colonnes gigantesques se pressant les unes contre les autres, évoquant des châteaux, des villes en ruine, formant parfois de véritables forêts de pierres, s’offre à la vue. A la base de ces colonnes, des alvéoles ont servi d’abris aux populations préhistoriques et sont encore fréquemment utilisées. Leurs parois sont volontiers couvertes de peintures évoquant des populations qui s’y sont succédé durant plus de 10 000 ans. Ses formations géologiques, son art rupestre, par leur richesse, leur diversité ont valu au Tassili N’Ajjer une inscription sur la liste des sites du patrimoine mondial en 1982. En novembre 1986, il était classé réserve de la biosphère. 


Serge PAUTOT 

NB : On lira avec profit les publications de l’Office national du tourisme algérien qui réalise des plaquettes de présentation du tourisme en Algérie d’une très grande qualité. Et grande beauté. J’en profite pour remercier Monsieur Abdellatif Zaid, ancien directeur de l’Ecole nationale supérieure du tourisme (ENST) qui m’a offert, lors d’un séminaire sur le « Tourisme sportif en Algérie » le magnifique ouvrage Universelle Algérie – les sites inscrits au patrimoine mondial publié par Zaki Bouzid, CPS Editions Alger (éditions 2005). Un ouvrage d’une grande qualité.



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