Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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Contribution

Les choix stratégiques d’une gouvernance

La sécurité énergétique et la sécurité alimentaire en Algérie

Par le Dr Boudjemâa HAICHOUR



L’Algérie en tant que pays pétrolier et gazier peut-elle dans une perspective moyenne couvrir ses besoins énergétiques ? Saura-t-elle assurer sa sécurité si le pic des hydrocarbures connaissait le cap de 2025 pour le pétrole et 2045 pour le gaz selon des études de l’AIE ? Combien coûterait une transition énergétique pour un Algérien qui consomme de l’électricité si selon la même source il serait amené à payer 70% d’un SMIG ?
Dans une étude élaborée par le PNUD sur la base des données de l’AIE, notre pays figure parmi les pays qui subventionnent le plus les produits énergétiques (électricité, carburant) soit 6,6% du PIB algérien durant la dernière décennie.
En augmentant la consommation intérieure sans modifier les prix intérieurs, la durée de vie à l’horizon 2026 serait de 13 ans. Il faut rappeler que 96% de l’électricité produite dans notre pays se fait à partir du gaz naturel.
C’est pourquoi, en matière d’ingénierie le gouvernement est en train d’axer sa stratégie en privilégiant un bouquet énergétique par le transfert de savoir-faire managérial et technologique avec un partenariat gagnant/gagnant en termes de codéveloppement.

Une transition énergétique équilibrée
Il faut donc envisager une efficacité énergétique par une nouvelle politique des prix réduisant le gaspillage des ressources. Investir en amont pour de nouvelles découvertes tout en valorisant la filière pétrochimie. Il faut doubler les capacités de raffinage avec la construction de six nouvelles raffineries qui couvriront les besoins au moins d’ici 2040, et développer les énergies renouvelables avec des centrales électriques hybrides combinant 20% de gaz conventionnel et 80% de solaire.
Les filières concernées sont le solaire photovoltaïque, thermique, éolien, la petite hydraulique, la biomasse avec la mise en place d’un fonds national de maîtrise de l’énergie (FNME) pour assurer le financement de ces projets. Le programme prévoit d’ailleurs une centrale d’une puissance de 22000 MW d’ici 2030, soit 27% du bouquet énergétique et 12000 MW pour couvrir la demande nationale d’électricité et 10 000 pour l’exportation.
Selon les estimations, d’ici 2030 environ 40% de la production d’électricité destinée à la consommation nationale sera d’origine renouvelable. Ce programme de développement des énergies renouvelables serait compris entre 60 et 100 milliards de dollars portant la capacité à 36 000 mégawatts.
Notre pays pourrait-il construire une centrale nucléaire en 2025 pour faire face à la demande sans cesse accrue ? L’option gaz de schiste estimée par l’AIE de 6000 milliards de mètres cubes gazeux et entre 12000 et 17 000 milliards de mètres cubes selon le ministère de l’énergie, est-elle la solution, si le consensus autour du risque pollution des nappes phréatiques est accepté?
Il y a une année en avril 2017, un protocole d’entente de recherche et développement a été signé dans le domaine de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables entre le groupe Sonatrach et l’entreprise française Engie.
Dans ce partenariat Sonatrach bénéficiera d’un programme de compétences et de l’expertise en matière de technologie solaire et d’efficacité énergétique des processus par la valorisation du gaz torché et des applications solaires innovantes pouvant être intégrées dans le processus d’exploitation et de production de gaz et de pétrole.
Lors de son intervention à la conférence-exposition sur la stratégie de transition énergétique à l’horizon 2030, le ministre de l’Energie Mustapha Guitouni avait exprimé la différence d’approche entre notre pays et ceux de l’Europe de l’Ouest quant au concept de transition énergétique.
Il devait rappeler que notre pays dispose de réserves prouvées récupérables d’hydrocarbures de plus de 4000 milliards de tonnes équivalent pétrole (TEP) dont plus de la moitié en gaz naturel. Selon sa déclaration, notre pays produit en moyenne 150 millions de tonnes équivalent pétrole dont 100 millions TEP sont exportés.
A ce potentiel vient s’ajouter la récupération de gisement en exploitation qui représente une ressource importante à mobiliser et permet un scénario moyen de production permettant à l’Algérie de couvrir ses besoins d’ici 2030. Il est question d’une refonte de la loi sur les hydrocarbures.
Il reste que l’impératif de développer les ressources non-conventionnelles d’hydrocarbures gazeux se pose sur le long terme pour assurer notre sécurité énergétique à travers les modules solaires, turbines éoliennes et chaudières de la biomasse qui seront moins chères et au prix stable à l’avenir selon l’AIE avec comme objectif la diminution des gaz à effet de serre, la réduction des effets sur l’eau, l’air et les sols.

Une sécurité énergétique dans une gouvernance maîtrisée
Telle a été la problématique avancée par le Dr Abderahmane Mebtoul quant à la sécurité énergétique d’une transition raisonnable qui reste tributaire d’une gouvernance maîtrisée dans toute la rationalité économique face au défi énergétique mondial et les mutations qui s’opèrent dans le monde. Et si crise il y a, elle ne peut émaner de la mauvaise gouvernance.
Mais pour assurer la sécurité du pays, il faut penser à muter du concept des pétrodollars à celui des agro-dollars. Pour cela, il est plus que nécessaire de réduire notre dépendance agro-alimentaire par une politique de développement durable et entamer notre révolution verte et la préservation de notre environnement et son équilibre écologique.
Le défi pour garantir notre sécurité alimentaire se pose avec acuité malgré les efforts déployés dans le cadre du PNDRA.
Les enjeux de demain c’est comment continuer à réduire notre dépendance agro-alimentaire qui risque d’être structurelle par le volume des importations sur le marché céréalier mondial. Les industries agro-alimentaires sont elles-mêmes liées aux quantités de blé tendre et dur que les paquebots déchargent chaque semaine à nos ports. C’est une préoccupation de taille qui nous interpelle dans notre autosuffisance et notre sécurité alimentaire. 
Tout reste lié à notre gouvernance et au travail de la terre. Pour parer à la menace de l’arme alimentaire, notre pays doit concrétiser l’équilibre entre l’offre nationale et le recours au marché international des céréales en développant le secteur agricole par la mécanisation et l’irrigation des terres restées longtemps en jachère. Il faut intéresser les jeunes au travail de la terre face au vieillissement de la population travaillant la terre dans les hauts plateaux, le Sud et même dans les plaines du littoral.
Car sur le plan nutritionnel, on continue de dépendre de l’extérieur où 2 sur 3 calories sont importées (farine, lait, semoule, huile, etc.) Que faire d’ici 2030 où la population avoisinera les 50 millions d’habitants ? Des questionnements et des interpellations tant pour les pouvoirs publics que pour les experts. Telle est la question posée pour garantir notre sécurité du demain proche.
Parallèlement à une économie numérique qui se fraie le chemin d’une croissance par des projets structurants, le moment est venu d’opérer une refonte dans le domaine agraire en libérant les initiatives surtout en retrouvant l’Algérie qui fut « grenier à blé de Rome » qui ne peut se faire que par l’effort qui est entrepris par le pays en mobilisant d’énormes capacités d’eau.

Pour une sécurité en ressources hydriques à l’horizon 2030
Le monde de demain sera celui qui saura développer ses ressources en eau tant pour l’agriculture que pour celui d’une autosuffisance en eau potable. Les grands défis à l’avenir à partir de l’horizon 2030 seraient la maîtrise de nos capacités hydriques surtout que notre pays a considérablement construit des barrages y compris ceux de la moyenne hydraulique.
En fait l’accès à l’eau est considéré comme un droit fondamental par l’ONU. Si on observe aujourd’hui notre planète, un milliard d’humain n’a pas accès à l’eau potable. Les ressources en eau sur notre terre comportent 97,5% d’eau salée et seulement 2,5d’eau douce. En 2030, la pénurie d’eau concernera 40% de la population mondiale. Dans le monde plus de 30% d’eau potable est perdue. Ainsi pour produire un kilo de blé il faut environ 590 litres d’eau. Pour obtenir un kk de viande il faut 13 000 à 15 000 litres d’eau.
Selon les mêmes estimations onusiennes à une population mondiale active de 3,2 milliards de personnes, 78% d’emplois dépendent de l’eau dans les huit secteurs d’emplois. Le changement climatique entraînera la perte de 2% des emplois d’ici 2020 et en revanche selon les mêmes études, l’investissement dans des infrastructures d’accès à l’eau peut générer 1,9 million d’emplois directs ou indirects pour un volume financier de 188 milliards de dollars investis aux Etats-Unis (https//www.acme-eau.org).
Dans notre pays, l’immense programme d’investissement dans la construction « des barrages, des transferts, des stations de dessalement d’eau de mer a pleinement absorbé le déficit de la ressource en eau induit par un développement exponentiel de l’urbanisation, des activités agricoles et industrielles et à terme anticipé la demande future pour garantir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement ».
Si on doit évaluer, comme le souligne le document de septembre 2015 du ministère en charge de l’Eau, au plan environnemental , le programme ambitieux  vise l’amélioration de la gouvernance et la prise en charge effective des problèmes ayant un impact sur l’eau, l’air, les sols, la biodiversité et le littoral, y compris les problèmes émergents tels ceux ayant trait au climat, à la couche d’ozone, à la désertification et aux risques technologiques.
Pour quantifier de 1999 à 2015 le volume des investissements consentis, les différents programmes s’élèvent à plus de 3415 milliards de de dinars (soit plus de 43 milliards de dollars USD).Ces importants programmes ont permis de générer des quantités d’eau en quantité et en qualité. Le gouvernement a mis en profit cette ressource en eau pour préserver l’équilibre régional et la sécurisation à travers la réalisation de grands ouvrages de mobilisation, de transfert et d’interconnexion, le soutien à l’agriculture par la réalisation d’équipements, de réaménagement et de modernisation des périmètres irrigués, soit 2,1 millions d’hectares  irrigués  pour soutenir notre stratégie de sécurité alimentaire dans le cadre de cette stratégie de l’eau instruite par le Plan national de l’eau (PNE) sur la base des instructions du président de la République Abdelaziz Bouteflika.

Valoriser les agrodollars et préserver nos pétrodollars
1,2 milliard de m3 ont été mobilisés, soit 16% de la capacité de 2015 qui est de 7,4 milliards de m3 pour répondre à la demande d’eau potable et soutenir l’agriculture à travers la réalisation de 26 barrages, totalisant 985 millions de m3, le dévasement de 10 barrages d’une capacité globale de 45 millions de m3 et la réalisation et l’équipement de 680 forages d’un linéaire de 180 mille mètres linéaires pour une mobilisation de 172 millions de m3/an.
Pour ce qui est de l’AEP le programme a soutenu la réalisation de 2240 km par an de canalisations et de 17 stations de traitement avec 136 réservoirs ainsi que la réhabilitation de 1680 km/an de conduites destinées à l’amélioration du service public de l’eau en éradiquant la fréquence de distribution de 1j/2 et plus en augmentant la plage horaire de distribution à plus de 12 heures par jour. Le taux de raccordement actuel est de 98% avec un linéaire global de 113000 km et une dotation journalière de 178L/jour/hab.
Pour ce qui est du programme d’assainissement, il a été prévu la réalisation de 60 STEP et lagunes d’une capacité épuratoire de 4 millions equ.hab ainsi que 6000 km de collecteurs. En ce qui concerne l’hydraulique agricole, il a été prévu la réalisation de 32 grands périmètres d’irrigation totalisant une superficie de 232000 hectares ainsi que 219 retenues collinaires  mobilisant un volume de 60 millions de m3 permettant d’irriguer 15000 hectares.
Pour la mise en œuvre du grand programme du Président Abdelaziz Bouteflika, l’Etat a déployé de grands moyens financiers colossaux depuis 1999 qui s’élèvent à plus de 3600 milliards de dinars (soit près de 47 milliards de dollars USD). Tous ces efforts ont permis à notre pays d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement en matière d’alimentation en eau et d’assainissement.

Le vœu du Président exaucé
L’Algérie est un des pays qui anticipe sur ce que sera le futur proche où la question de l’eau va être au cœur des conflits mondiaux. Lorsque le Président Abdelaziz Bouteflika inaugurait le 5 avril 2011 le pipe transportant l’eau sur une longueur de 750 km devant desservir environ 100000 habitants dans la capitale du Hoggar et ses environs de Ain Salah à Tamanrasset à raison de 265 litres/hab/j à travers 1258 km de conduites, ce fut un rêve qui venait d’être exaucé surtout que la nappe albienne à elle seule est estimée à 45000 milliards de m3 qui s’étend sur une superficie de 750000 km2. N’est-ce pas le verset coranique qui dit « Nous avons fait de l’eau la source de toute vie ».
Selon les chiffres des Nations-Unies, un pays sur cinq connaîtra une grave pénurie d’eau dans les vingt cinq années à venir. Le « stress hydrique » se produirait dans chaque pays. C’est pourquoi la question de l’eau devient de plus en plus un enjeu stratégique crucial dans le monde. Selon la FAO, 230 millions de personnes vivent dans les pays classés actuellement parmi ceux qui manquent d’eau dont la plupart se trouvent en Afrique, au Moyen-Orient, dans l’Afrique méditerranéenne et subsaharienne.
Selon les hydrologues, une moyenne de 1700 m3 par an et par personne est posée comme la limite entre richesse et pauvreté en eau. D’où une politique de rationalisation de l’eau contre le gaspillage de cette ressource vitale. C’est ce qui fait dire que « le climat gouverne le temps, la distribution contrôle la vie ». « L’or bleu » en est la richesse qu’il faut préserver et savoir la gérer rationnellement.
 
Dr Boudjemâa HAICHOUR


Notes :
- « Politique gouvernementale dans le domaine des ressources en eau », Alger, septembre 2015.
- Dr Mahmoud Abouzid : « Al  Ma Masdar At Tawatourat Fi Al Qarn 21 », El Ahram  Le Caire 1994.
- Christian Chesnot :  La bataille de l’eau au Proche-Orient, Editions l’Harmattan France.
- Marq de Villiers :  L’Eau, Editions Actes Sud France
- Dr Boudjemâa Haichour :  Le Défi agro-alimentaire, OPU, Alger, 1987.
- Dr Abderahmane Mebtoul :  Quelle sécurité face à la transition énergétique ?, éditions Les Afriques, septembre 2017.
- Dr Boudjemâa Haichour : « La Sécurité énergétique dans la Méditerranée », Intervention au Collège Défense de l’Otan, Rome 2001.



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