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N° 114 - Juin 2018

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Contribution

Voies sans issues

L’islamophobie et l’extrémisme

Par Mustapha Cherif,



Pour faire diversion aux problèmes et visées du système dominant et alimenter leur fonds de commerce et un ego démesuré, apparemment affecté par la paranoïa et l’échec viscéral, des intellectuels islamophobes commettent sans cesse des forfaits provocateurs qui attisent la haine.
L’un d’entre eux s’appelle Michel Onfray. Comme d’autres trublions, il est le symbole de la sous-culture spectacle, de la décadence et des impasses dans lesquelles se trouve le monde consumériste qui refuse l’autocritique et le respect du droit à la différence.
La sphère du savoir est calomniée avec ses délires et ses discours fondés sur les anathèmes, les approximations, les raccourcis, nourris par la haine de l’autre. Prétendant défendre les Lumières, alors qu’ils les trahissent, les adeptes de l’hédonisme, de la jouissance à tout prix et de l’athéisme dogmatique polluent les débats et pratiquent le culte du veau d’or sous des formes multiples.
La religion en général et l’islam en particulier sont leur cible préférée. Dans leur delirium, les islamophobes déversent des contre-vérités sur la question du monothéisme et érigent en sacralité l’athéisme, sous des termes simplificateurs et grossiers. Les symptômes sont éclatants ; la crise des sciences, du sens et de la morale produit des bêtisiers tragico-comiques et de nouveaux intégristes ignorants, sans comparaison dans l’histoire des idées en Europe.
Leurs hallucinations vulgaires ont un écho dans les milieux religiophobes, athées extrémistes, néo-colonialistes, qui cultivent le ton pamphlétaire, l’acharnement simplificateur et réducteur contre les croyants et autrui différent. L’agressivité gratuite, le racisme, la xénophobie dominent dans ces milieux.
Alors qu’il n’y a pas d’hostilité entre foi et raison, entre les civilisations et entre logique et sens, ils cherchent à tout prix à les opposer. Pourquoi, malgré toutes les critiques adressées à la seule religion et les souffrances injustifiables qu’occasionnent à leurs compatriotes certains de ces adeptes fanatisés, les individus restent-ils attachés à la religion comme source de civilisation ? Tout simplement parce que, d’une part, « Dieu » est innocent des errements de la partie des « croyants » usurpateurs, ignorants et criminels, qui instrumentalisent la religion, d’autre part, l’existence dépasse toutes les élucubrations et prétentions à figer le sens ou à nier le mystère et la profondeur de la vie.
Il est clair que la religion peut être source autant de bonheur que de malheur, tout dépend de son interprétation et de son mode d’application. Tout comme les autres dimensions essentielles de l’existence, telle la raison, celle-ci peut être source de progrès ou de barbarie. La religion est présentée par les islamophobes comme par les extrémistes, seulement comme celle qui vient interdire, et l’athéisme comme celui qui veut tout autoriser. Pures mensonges.
D’autres disent: la modernité c’est permissivité, laxisme, perte de valeurs morales et éthiques face aux interdits. Il faut sortir de cette dichotomie et de ces faux débats. La bataille apparaît comme gagnée par les libertaires, car les interdits semblent compromis par l’évolution des mœurs et le devenir des sociétés.
Reste à clarifier le débat. Premièrement, il n’y a pas de Liberté sans Loi. Deuxièmement, l’islam, ce sont 90 % de permissions et seulement 10 % d’interdits. Troisièmement, il y a des athées ouverts et des croyants ouverts, des athées fermés et des croyants fermés. Il faut toujours préférer l’ouvert au fermé.
Une religion et une civilisation fondée sur des valeurs spirituelles, ce ne sont pas seulement des interdits, ce sont aussi des sources d’épanouissement et des réalisations. La part prise par les religions à « l’œuvre de la civilisation » et de la dignité ne peut être niée, même si des religieux obscurantistes sont sauvages et prêtent le flanc à la « colonisabilité ». De plus, il n’y a pas d’homogénéité des religions : chacune a son parcours.
L’ignorance des islamophobes, tel Onfray, comme celle des intégristes extrémistes, en matière d’islamologie est flagrante et affligeante. Ils refusent toute lecture ouverte du Coran et s’enferment dans la diabolisation. Leurs propos sont plus que caricaturaux, ils sont obscènes et racistes. C’est le même type d’allégations proférées contre les juifs au Moyen Âge et dans les années 1930.
Diabolisation, stigmatisation, amalgames caractérisent la maladie honteuse de la xénophobie, de l’islamophobie et de la provocation qui vise le dénigrement et pratique la diversion. Ils exploitent les dérives et monstruosités commises par les extrémistes au nom de la religion, produits hier de la guerre froide et de facteurs multiples, et actuellement des contradictions et crises de notre temps. Dans tous les cas, c’est l’ignorance et la mauvaise foi qui dominent.
Sur le fond, nul ne peut faire de la liberté, de l’émancipation, de la démocratie, des droits de l’homme, le trait distinctif de l’athéisme et du libéralisme. C’est travestir la vérité historique. Qui est assez fou pour affirmer que le monothéisme n’a pas participé à l’élévation de la condition humaine, qu’il n’aurait produit aucune lutte, aucun progrès, ni aucune réalisation décisive ?
 De nombreux vrais penseurs, d’Ibn Rochd à l’Emir Abdelkader, de Hegel à Derrida, ont montré combien est dénuée de fondement l’idée que la liberté ou celle de la démocratie serait une conception essentiellement occidentale et athée. En effet, nul n’a le monopole de la vérité.
De plus, les peuples musulmans, comme en Algérie toujours à l’avant-garde, ont pris conscience que l’extrémisme est l’anti-islam. La réforme interne, par l’ijtihad, l’établissement de la société de la connaissance et la bonne gouvernance, tariront la « djahiliya » des uns et des autres, et ouvriront le chemin de la communauté médiane, fière de ses racines et ouverte sur le monde.
L’islamophobie comme l’extrémisme, voies sans issues, sont voués à l’échec. Les propagandes vulgaires, qu’elles viennent d’Orient ou d’Occident, ne peuvent atteindre un patrimoine inestimable, une civilisation millénaire et un peuple créatif, serein et vigilant.
 

M. C.



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