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N° 126 - Jan 2020

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Elu huitième président de la République algérienne

Les priorités d’Abdelmadjid Tebboune

Par Farid HOUALI



« Il est temps de concrétiser les engagements pris lors de la campagne électorale, sans aucune exclusion ou marginalisation, ni intention de vengeance. » C’est en ces termes forts de sens que le président de la République Abdelmadjid Tebboune, élu le 12 décembre dernier, s’est adressé au lendemain de l’annonce des résultats de la présidentielle, à la presse, de surcroit aux Algériens. Il a d’ailleurs promis une « nouvelle » Algérie, une nouvelle « République avec un nouvel esprit et une nouvelle approche » tendant ainsi la main aux acteurs du Hirak populaire pour « un dialogue sérieux » pour l’intérêt de l’Algérie. « Je m’adresse directement au Hirak, que j’ai à maintes reprises qualifié de béni, pour lui tendre la main afin d’amorcer un dialogue sérieux au service de l’Algérie et seulement l’Algérie », a-t-il déclaré lors d’une conférence animée juste après l’annonce par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) des résultats préliminaires du scrutin au cours duquel il a été conforté avec 58,15% des suffrages exprimés.

 « Le Hirak qui a permis l’émergence de plusieurs mécanismes, à l’instar de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a remis l’Algérie sur les rails de la légitimité, la préservant ainsi de l’aventurisme et des manœuvres qui ont failli torpiller le peuple algérien », a encore soutenu Abdelmadjid Tebboune qui s’est engagé en outre à être un Président « juste, fédérateur, ouvert au dialogue, sans exclusion aucune de toutes les forces politiques et de la société civile». La volonté affichée par le nouveau premier magistrat du pays à répondre aux aspirations du Hirak a été traduite par les 54 engagements contenus dans son programme électoral, placé sous le thème « Engagés pour le changement, capables de le réaliser» qui vise à l’instauration d’une «Algérie nouvelle».

En effet, le candidat indépendant s’était engagé à «tout entreprendre pour réaliser les attentes et aspirations légitimes portées par le Hirak du 22 février». S’adressant aux jeunes, Abdelmadjid Tebboune, qui a salué la confiance placée en lui, a promis de créer la surprise, à travers la formation de son premier Gouvernement qui « sera composé de ministres dont l’âge sera inférieur à la trentaine d’années».

«Je m’engage d’être toujours aux côtés des jeunes pour leur intégration dans la vie politique et économique pour la passation du flambeau», a-t-il dit.

 

Une profonde révision de la Constitution

Dès son élection à la magistrature suprême, Abdelmadjid Tebboune, en application de son programme électoral, a annoncé une «profonde réforme» de la Constitution dont la dernière révision a été faite en 2016, en associant notamment des universitaires, des intellectuels, des spécialistes et des membres de la communauté nationale établie à l’étranger pour «une reformulation du cadre juridique des élections, un renforcement de la bonne gouvernance à travers la séparation du monde des affaires de la politique, et une mise en place de mécanismes garantissant la probité des fonctionnaires publics».

Le président de la République a assuré que la révision constitutionnelle se fera par voie référendaire. Il faut rappeler qu’Abdelmadjid Tebboune, s’était engagé, le 9 novembre dernier, à l’occasion de la présentation de son programme électoral, à effectuer «une large révision de la Constitution, une reformulation du cadre juridique des élections, un renforcement de la bonne gouvernance à travers la séparation du monde des affaires de la politique et une mise en place de mécanismes garantissant la probité des fonctionnaires publics». Parmi les points capitaux autour desquels tournera le projet de révision, il y a la séparation effective des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le Président Abdelmadjid Tebboune a pris également l’engagement de protéger les libertés et droits des citoyens – libertés consacrées et protégées par la Constitution en vigueur – et de protéger le pouvoir de contrôle parlementaire. Comme il s’est engagé à éviter les dérives autocrates en mettant en place un système efficace de contre-pouvoirs. En outre, le nouveau locataire du Palais d’El Mouradia compte consacrer l’immuabilité et l’inviolabilité du mandat présidentiel qui sera limité à un seul mandat renouvelable une fois. L’immuabilité des parlementaires des députés sera également limitée aux propos et aux actes intervenant dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions. Auparavant, lors d’un débat télévisé organisé le 6 décembre entre les cinq candidats, Abdelmadjid Tebboune s’était aussi engagé à amender l’article 51 de la Constitution actuelle qui exclut les binationaux des hautes responsabilités de l’Etat et des fonctions publiques. «Je m’engage à amender cet article en fonction de l’importance et du caractère stratégique des responsabilités de l’Etat. Il n’y aura aucune différence entre les citoyens algériens vivant en Algérie et ceux vivant à l’étranger», a-t-il affirmé.

L’article 51 la Constitution algérienne, révisée en 2016, stipule que « l’égal accès aux fonctions et aux emplois au sein de l`Etat est garanti à tous les citoyens, sans autres conditions que celles fixées par la loi. La nationalité algérienne exclusive est requise pour l`accès aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions politiques».

 Parmi les autres priorités du président élu en matière de prise en charge des revendications portées par les acteurs du Hirak, figure aussi la révision de la Loi électorale afin de doter, a-t-il souligné, «le pays d’institutions élues légitimement par le biais d’élections honnêtes libérées de l’emprise de l’argent».

Toujours sur le plan politique, le président de la République s’est également engagé à mener «une réforme globale de la Justice, de l’organisation territoriale et de la gestion de l’administration locale» et «le raffermissement de la démocratie participative», qu’il mettra en exécution dès son investiture. «Le peuple algérien doit sentir la sincérité de nos engagements. C’est pour cela qu’il est important d’aller, au plus vite, vers la réforme de la Constitution», a-t-il poursuivi.

Abdelmadjid Tebboune, élu en tant que «candidat indépendant», ne compte pas créer un parti politique, a-t-il assuré. Le nouveau locataire du Palais d’El Mouradia, s’est par ailleurs engagé à consolider la liberté de la presse et à soutenir les organisations et associations afin d’édifier une «société civile libre et active en mesure d’assumer sa responsabilité en tant que contre-pouvoir». Des projets ambitieux correspondants aux attentes des Algériennes et des Algériens.

 

Lutte contre la corruption

Le président élu, Abdelmadjid Tebboune, a placé la lutte contre la corruption parmi ses priorités, en s’engageant à lutter «rigoureusement» contre ce fléau, à assainir le pays de ses résidus et à poursuivre la traduction en justice de «la bande qui a pillé l’argent public».

Il a affirmé, d’emblée, après son élection, que «la loi relative à la lutte contre la corruption sera maintenue», soulignant que la «grâce présidentielle ne touchera pas les personnes impliquées dans des affaires de corruption».

Dans son programme et durant sa campagne électorale, Abdelmadjid Tebboune avait fait part, à maintes reprises, de son engagement pour l’«éradication de la corruption et la poursuite en justice des personnes impliquées dans le détournement des deniers publics», ainsi que de mettre un terme à l’emprise de l’argent sale sur la politique.

Dénonçant le phénomène de «détournement de deniers publics et la détérioration du niveau de vie des citoyens», il a fait part, aussi, de son engagement à poursuivre l’opération d’assainissement» de la situation, à savoir la lutte contre la corruption et toutes les formes de dilapidation des deniers publics, ainsi que la «récupération des fonds volés».

Pour lui, «la guerre contre la corruption sera poursuivie» et les fonds transférés illégalement seront «récupérés», du moment, a-t-il souligné, qu’il existe des mécanismes pour le faire. Une attitude en droite ligne avec ses convictions puisque, pour rappel, son temps de passage à la tête du gouvernement avait révélé un homme décidé à traquer la corruption. 

 

Le redressement économique

Le redressement de l’économie nationale est aussi inscrit dans ses « priorités», a tenu à informer le Président élu. «Il y a des urgences et des priorités, l’urgence est de redresser la barre, convaincre le peuple algérien de nos bonnes intentions puis travailler pour réconcilier dans la confiance et la sérénité l’État et son peuple», a-t-il déclaré, précisant que l’autre priorité est de «rapatrier l’argent volé au peuple algérien».

Lors de la présentation de son programme électoral, Tebboune s’était de même engagé à «appliquer une nouvelle politique de développement hors-hydrocarbures, la substitution des produits importés par d’autres locaux, en vue de préserver les réserves de change, la promotion des start-ups et le renforcement du rôle économique des collectivités locales dans le développement et la diversification de l’économie nationale». Aussi, s’est-il engagé à «améliorer le climat des affaires, encourager l’investissement, notamment extérieur direct.» A ce sujet, le Président Abdelmadjid Tebboune a préconisé un « nouveau modèle économique basé sur la diversification de la croissance et l’économie de la connaissance», comme il s’est engagé à «ériger l’accès au logement en priorité absolue» et à œuvrer à «la préservation du système de sécurité sociale et de retraite». Un défi périlleux du fait que les réserves de change ont diminué de 17 milliards de dollars en 2018 et les prévisions officielles parlent d’un niveau de ces réserves avoisinant 62 milliards de dollars en 2019 et 34 milliards de dollars en 2021. Alors que la facture annuelle des importations (biens et services) s’élève à quelque 30 milliards de dollars. Tandis que la chute des revenus pétroliers (95 % des recettes) et le ralentissement de l’activité industrielle jumelée à un climat des affaires délétère et à une bureaucratie ont plongé l’économie algérienne dans une grave crise.

 

Quid du champ diplomatique ?

Concernant la politique étrangère du pays, le Président élu s’est dit «très sensible lorsqu’il est question de souveraineté nationale», soulignant que «nul ne peut prétendre avoir de tutelle sur l’Algérie». Rappelant que la politique extérieure de l’Algérie reposait sur «le principe de réciprocité», il a affirmé que l’Algérie est «un pays pivot» au niveau africain, méditerranéen et arabe. Interrogé sur les relations avec le Maroc et le dossier des frontières, fermées depuis 1994, Abdelmadjid Tebboune les a qualifiées d’« extrêmement sensibles»

«Des circonstances ont conduit à cette situation. La résolution du problème dépend de l’élimination de ces causes», a-t-il déclaré, rappelant, dans ce cadre, les bonnes relations liant les deux peuples, algérien et marocain.

Interpellé sur la position du Président français Emmanuel Macron vis-à-vis de son élection à la tête du pays, qui, sans féliciter Abdelmadjid Tebboune, avait déclaré avoir pris note de l’annonce officielle de son élection à la tête de la présidence de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune a botté en touche: « Ma n-jawabch ». « Le président français est libre de vendre sa marchandise dans son pays. Moi, j’ai été élu par le peuple algérien. Et je ne reconnais que le peuple algérien », a-t-il répliqué

F. H.

 

 





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