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N° 128 - Avril 2020

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Actualits

Le redéploiement diplomatique algérien tous azimuts

Face à l’aggravation de la crise libyenne

Par Farid HOUALI



Plaque tournante de la diplomatie arabe et africaine dans les années 1970, Alger signe depuis quelques semaines son grand retour sur la scène internationale, après une décennie d’absence. Le pays s’est placé en médiateur incontournable pour régler un conflit qui menace la stabilité régionale. A cet effet, le ballet diplomatique enregistré à Alger ces derrières semaines, les rencontres du chef de l'Etat avec différents diplomates étrangers, les représentants des parties en conflit en Libye montrent le retour de l'Algérie sur l'échiquier régional et international après tant d'années presque d'isolement. La diplomatie algérienne commence ainsi à capter l'attention de la communauté internationale.Depuis la réunion du Haut conseil de sécurité et surtout suite aux déclarations du chef de l'Etat en ce qui concerne la question libyenne, l'Algérie est de nouveau présente en force sur l'échiquier international et intervient fortement dans la recherche d'une solution adéquate à la crise en Libye en passant par la situation au Mali.« J'ai pu constater lors de mes entretiens (le 21 janvier à Alger) et avec mon homologue Sabri Boukadoum et avec le président Abdelmadjid Tebboune la volonté d'être beaucoup plus actifs dans le règlement de la crise malienne et de la crise du Sahel », a déclaré Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères,lors de sa dernière visite à Alger.Rappelons que ce redéploiement diplomatique vient suite à la convocation du Haut conseil de sécurité par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, fin décembre 2019 et au cours duquel a été examinée la situation dans la région, notamment au niveau des frontières avec la Libye et le Mali, en même temps qu'il a été décidé d'une batterie de mesures à prendre pour la protection des frontières du pays, son territoire national et la redynamisation du rôle de l'Algérie au plan international. Particulièrement en ce qui concerne ces deux dossiers, et de manière générale dans le Sahel, la région saharienne et l'Afrique, c'est le chef de l'Etat en personne qui prend en charge le dossier diplomatique pour une politique étrangère dynamique et proactive.Et comme nous l’avons constaté, la diplomatie algérienne est proactive et prise au sérieux tant elle campesur ses positons : défense de l'indépendance nationale, refus de toute ingérence étrangère, élimination des bases étrangères, rejet de la politique des blocs et des pactes militaires, contribution active dans la lutte contre le terrorisme, contre l'exploitation et la colonisation des peuples. Sur la base de choix clairs, l'Algérie s'attache de plus en plus à définir le champ d'action d'une politique correspondant à ses aspirations et constituant le cadre naturel commun à tous les peuples quisouffrentencore du colonialisme et de l'impérialisme.

 Et aujourd'hui, l'intervention de la diplomatie algérienne en Libye rentre dans le cadre de la défense et des intérêts géopolitiques du pays. En tout état de cause, l'Algérie a jeté toutes ses forces diplomatiques en faveur d'initiatives de paix et de sécurité en Libye et à travers toute la région, jugeant inadmissible la persistance de cette crise autour de laquelle se dessinent des visées à vouloir maintenir et l'instabilité dans la région etla désunion d'un pays déjà coupé en deux. En somme, l’élection du Président Abdelmadjid Tebboune a réactivél’offensive diplomatique de l’Algérie au plan régional et international dans un périmètre de recherche et de renforcement d'alliances et de coopération, enpartant d'une politique de fraternité et de bon voisinage, dans le cadre du Maghreb, tout en resserrant ses liens de solidarité avec les autres pays du continent africain, du Monde arabe et de l'ensemble du Tiers-monde.

 

Alger théâtre d’un intense ballet diplomatique

Comme nous l’avons tous constaté,Alger est devenueces dernières semaines le théâtre d’un intense ballet diplomatique où les délégations ministérielles de haut rang se succèdent, venues consulter et solliciter l’engagement de l’Algérie dans le processus de règlement de la crise libyenne qui a pris ces dernières semaines des proportions alarmantes. L’illustration vient des dernièresvisites du Président Turc, Recep Tayyip Erdogan, et celle du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale des Emirats arabes unis (EAU), Cheikh Abdullah Bin Zayed Al Nahyan. Des visites précédéespar celles du Premier ministre italien Giuseppe Conte, ainsi que par des ministres des Affaires étrangères français, turc, égyptien et italien. Ainsi, dans son souci de maintenir un équilibre apparent, l’Algérie a également reçu les ministres des Affaires étrangères des pays voisin de la Libye, et les deux camps rivaux : Faïez Sarraj, le chef du « gouvernement d’accord national » (GAN) basé à Tripoli, fruit de l’accord de Skhirat parrainé par les Nations unies et reconnu par la communauté internationale, ainsi qu’une délégation du gouvernement rival basé en Cyrénaïque (est) soutenant le maréchal Khalifa Haftar, le patron de l’Armée nationale libyenne (ANL). Le redéploiement de la diplomatie algérienne en direction du conflit libyen vise avant tout à jeter les fondements d'une concertation régionale et internationale susceptible de conjuguer les efforts afin d'entraîner toutes les parties libyennes autour de la même table de concertation et de dialogue. L'engagement et l'implication de l'Algérie dans la recherche d'une solution politique pacifique à concrétiser par les Libyens eux-mêmes ont de fait pour objectif de contribuer à la coordination et à la synchronisation à l'élaboration d'un accord commun entre les protagonistes de ceproblème. Les autorités algériennes ont répété le double credo de la diplomatie algérienne sur le dossier libyen : « refus des ingérences extérieures » et promotion de solutions politiques basées sur « un dialogue national inclusif ».

Par ailleurs, en sollicitant directement et ouvertement la contribution pleine et active de l’Algérie, il s’agit en fait d’une reconnaissance de son rôle central comme État-pivot dans la région et au niveau africain et arabe. L’Algérie c’est la voix de la paix, de la raison, de la sagesse qui privilégie dans le processus de règlement des crises politiques, la voie pacifique et du dialogue contre celle des armes et de la violence. La diplomatie s’est déployée et s’est activement engagée dans le processus. En sus, d’intenses activités se sont déroulées à Alger comme à l’étranger où s’est rendu le ministre des Affaires étrangères en émissaire et envoyé spécial du président de la République qui a déployé d’importants efforts pour la résolution de la crise.Le message d’Alger a été transmis à toutes les capitales et les parties en conflit pour faire prévaloir la voie de la paix. L’approche diplomatique dans le règlement des crises et conflits est une référence crédible reconnue et privilégiée sur la scène internationale. A cet effet, la solution préconisée par notre pays a été adoptée comme feuille de route de référence dans le plan en voie de finalisation, discuté et débattu au cours de la conférence de Berlin à laquelle a pris part le Président Abdelmadjid Tebboune sur invitation de la chancelière allemande Angela Merkel. Il est important de rappeler que l’Algérie n’a pas cessé d’appeler les belligérants et les différentes parties libyens à privilégier la solution négociée en se mettant autour d’une table pour discuter et aplanir les différends.

 

La  voie de la paix et de la raison

 En d’autres termes, il s’agit de faire prévaloir la voie de la raison et de la sagesse en optant pour une solution pacifique qui passe inéluctablement par un dialogue inclusif, option qui prémunit la Libye et la région contre d’un embrasement général. Rappelonsque le sommet international sur la Libye tenu à Berlin le 19 janvier, a consacré à sa manière le regain d’intérêt autour d’une action extérieure de l’Algérie, qui a été le seul Etat du Maghreb –hors les délégations libyennes – à prendre part à ce grand rendez-vous de Berlin. Ni le Maroc (où avait été signé l’accord de réconciliation interlibyenne de Skhirat en décembre 2015) ni même la Tunisie – pourtant voisine du théâtre de guerre – n’ont été conviés. C’est un bon signe d’un retour en force de l’Algérie sur la scène internationale. Etc’est une reconnaissance de son poids et de son rôle-pivot, incontournable, dans la région. Par ailleurs, le Président Abdelmadjid Tebboune en inscrivant sa première sortie à l'internationale en faveur du peuple libyen n'est pas dépourvu d'atouts, ni d'arguments. Conscient de l'importance politique et stratégique de l'Algérie dans le cadre régional et international, c'est avec une adresse remarquable qu'il a pris en main le dossier libyen, avançant sur une ligne droite, oscillant désormais entre la sécurité régionale de l'Algérie et sa stabilité aux frontières menacées en permanence. C'est ainsi qu'il a réussi à faire sortir le problème libyen d'un cadre restreint, et de sa routine récurrente et à le placer dans un cadre plus particulier de la communauté internationale. Et c’est grâce aux efforts déployés par la diplomatie algérienne que les deux camps protagonistes de cette criseviennent d'observer un cessez-le-feu porteur d'une nouvelle donne en vue d'une solution politique et inclusive à la crise. Et au-delà des offices menés loin des projecteurs afin de garantir la réussite de sa démarche, l'Algérie a œuvré intensément pour la stabilisation du cessez-le-feu, partant de son sens de solidarité à l'égard du peuple libyen frère.

 Autre preuve, Alger a abrité la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye. Une rencontre s’inscrivant dans le cadre des efforts diplomatiques déployés par l'Algérie pour consolider la coordination et la concertation entre les pays du voisinage de la Libye et les acteurs internationaux afin d'accompagner les Libyens dans la redynamisation du processus de règlement politique de la crise à travers un dialogue inclusif, de permettre à ce pays frère et voisin de sortir de la situation difficile qu'il vit et de construire un Etat et des institutions où prévaudront la sécurité et la stabilité.Cette rencontre diplomatique a vu la présence des ministres des Affaires étrangères de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Egypte, du Soudan, du Tchad et du Niger et celui du Mali. Il faut rappeler que la réunion d’Alger se veut le prolongement de la conférence de Berlin, dans le sens où parmi les recommandations qui ont été entérinées à ladite conférence, l’Algérie a insisté sur « le rôle primordial des pays voisins dans la résolution de la crise libyenne ». C’est dire que l’approche algérienne de règlement du conflit libyen est en train de prendre la forme de la concrétisation via la rencontre d’Alger et la présence des pays voisin de la Libye.Enfin, si la crise libyenne est sur le point de trouver une issue heureuse, force est de reconnaître que c’est en grande partie grâce au dynamisme et à l’efficacité, prouvée et vérifiée, de la diplomatie algérienne.

 



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