Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 128 - Avril 2020

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Dossier

Libertés et relance économique

Programme d’action du gouvernement




Le Programme d’action du gouvernement met en évidence l’urgence de révisions profondes quant aux modes de gouvernance qui ont creusé le fossé entre un Etat dispendieux et des pans entiers de la société toujours plus fragilisés.

Le gouvernement est attendu sur deux fronts :

- le front social où il doit apporter les garanties de l’égalité de chances et, en l’occurrence, proscrire la hogra et susciter un climat de confiance et d’adhésion ; l’Algérie nouvelle à laquelle nous aspirons n’exclut personne ;

- et le front économique où le défi majeur reste certainement la remise en marche de l’économie nationale. Il conviendra également de rassurer les opérateurs lourdement impactés par le caractère inadapté des choix faits en matière de gestion de la chose économique, le blocage des mécanismes de la concurrence mais aussi par l’instabilité législative et l’absence de visibilité, en raison notamment de l’insécurité juridique. Les anciennes méthodes, en raison de leur obsolescence, ont aggravé les difficultés sociales et économiques, contribuant du même coup à étouffer les initiatives bien plus qu’à les susciter. La perte de crédit des institutions, la perte de confiance et la difficulté à communiquer sont des aspects différents d’une même réalité. Les termes de référence de l’action du gouvernement sont pour la plupart parfaitement identifiés dans le discours d’investiture du président de la République. Elles offrent une vision, une démarche et un programme en rupture avec les pratiques du passé.

Le plan d’action du gouvernement place la reconquête des libertés au premier plan de ses préoccupations (premier chapitre).

Celles-ci sont suivies de cinq autres chantiers :

- la réforme financière (chapitre 2),

- le renouveau économique (chapitre 3),

- le développement humain (chapitre 4),

- la politique sociale (chapitre 5),

- la politique étrangère, la sécurité et la défense nationales (chapitre 6).

Au titre du chapitre 1, intitulé « Pour une nouvelle République née des aspirations populaires », l’ambition est de réhabiliter les institutions de l’Etat, comme seule émanation de la volonté populaire et de mettre un terme au fléau de la corruption. Comme cela est indiqué dans les 54 engagements du président de la République, ainsi que dans ses orientations et directives formulées lors des réunions des Conseils de ministres et ses déclarations à la presse nationale, l’Algérie sera au rendez-vous d’un moment fondateur avec une nouvelle Constitution qui jettera les bases d’une Algérie démocratique et sociale qui tient pleinement compte de son identité.

A cet effet, sept axes d’efforts sont privilégiés :

1- La quête d’un nouveau mode de gouvernance, rénové, moderne, empreint de rigueur et de transparence, qui veille à l’enracinement des valeurs et normes d’éthique, la moralisation de la vie publique et la prévention et la lutte sans merci contre la corruption. C’est sur ce terrain, combien difficile car escarpé, que le gouvernement devra d’abord s’exprimer par la codification du principe de recrutement sur la base de la méritocratie, parallèlement à la promotion de la démocratie participative et des mécanismes de suivi, de contrôle et d’audit.

2- Un exercice plein des droits et libertés de réunion et de manifestation, pour qu’éclose une société civile libre et responsable et que s’enracine l’exercice du dialogue et de la concertation. Un intérêt particulier est accordé ici à la promotion de la femme et de la jeunesse.

3- Une justice indépendante et moderne.

4- La garantie de la sécurité des personnes et des biens.

5- Une presse et des médias libres, responsables et performants.

6- Une identité et une mémoire nationales affirmées et protégées, avec un renforcement des pratiques religieuses ancestrales de la société algérienne afin de favoriser l’influence religieuse modérée et tolérante et de propager la paix, parallèlement à une fidélité aux valeurs de Novembre. Le triptyque amazighité, arabité et islamité est le fondement de notre appartenance à une civilisation dont les racines remontent à des millénaires.

7- Une relation fonctionnelle complémentaire entre les pouvoirs exécutif et législatif, dans le respect et la confiance mutuels.

Au titre du chapitre 2, relatif à la réforme financière, l’économie est placée au service des citoyens, sur la base d’une expertise qui formule le paradigme économique dans toutes ses dimensions et configure une stratégie économique cohérente pour notre pays.

L’objectif ultime est de sortir du système rentier, informel et bureaucratique. Pour y parvenir, trois axes d’efforts sont privilégiés : la réforme financière, le renouveau économique et la lutte contre le chômage et la promotion de l’emploi.

Une réforme profonde du système financier est envisagée dans quatre directions :

la refonte du système fiscal qui assure la justice – exonération des revenus mensuels inférieurs à 30.000 dinars –, l’efficacité et la rapidité dans la perception des impôts,

l’instauration de nouvelles règles de gouvernance budgétaire : ici la situation est telle qu’elle frappe d’invalidité toutes les politiques qui avaient été mises en marche pour répondre à la demande sociale et, au final,

impose une nouvelle narration de l’Etat avec pour idées clés, d’une part, la réduction des frais de fonctionnement

de l’Etat, le mot d’ordre est érigé en principe et vaut dorénavant « règle d’or », et, d’autre part, l’abandon du paradigme de la relance par la seule dépense publique et la redynamisation de l’économie par l’ouverture de nouveaux espaces et de nouvelles fenêtres d’opportunité pour l’investissement et les solutions alternatives,

la modernisation du système bancaire et financier, avec l’avènement de banques spécialisées et de fonds d’investissements dédiés respectivement à l’habitat et aux petites et moyennes entreprises et start-ups, ainsi que

l’ouverture d’une première agence bancaire nationale à l’étranger,

le développement de l’information statistique et de la prospective, avec principalement la réalisation prochaine du Recensement général des populations et de l’habitat et, dans son prolongement, la finalisation de l’étude stratégique « Algérie 2035 ».

- Au titre du chapitre 3 traitant du renouveau économique qui accompagne la réforme financière, il est attendu une nouvelle politique économique articulée autour des trois grandes orientations stratégiques suivantes :

- structurer l’économie autour des secteurs pourvoyeurs d’emplois, porteurs d’intégration et valorisant en priorité toutes les ressources du pays, tournés à terme vers l’exportation, - créer un environnement des affaires transparent et équitable, favorable à l’investissement et l’entrepreneuriat, - faire émerger une nouvelle économie fondée sur l’innovation, la compétitivité et le savoir.

Sécurité alimentaire, transition énergétique et transition numérique sont au cœur de ce renouveau.

- La lutte contre le chômage et la promotion de l’emploi qui découlent des deux premières séries de mesures ambitionne de gérer les transitions dans le marché du travail et d’atténuer les effets de sa segmentation, d’une part ; d’intégrer l’action publique en matière d’emploi en termes de cohérence et de convergence entre les différents leviers, à différents niveaux de décision, d’autre part. Trois grandes pistes sont envisagées à cet effet :

- la réorganisation et le renforcement du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle,

- l’adéquation des programmes de formation et les besoins du marché du travail,

- le soutien à la création d’activités, avec notamment la mise en place d’un dispositif « congé création d’entreprise » au profit des salariés détenteurs de compétences et de savoir-faire dans leur domaine d’activité pour encourager l’entrepreneuriat.

Au titre du chapitre 4 relatif au développement humain, les objectifs arrêtés se rapportent au développement humain, à la politique sociale et au cadre de vie.

Le développement humain couvre quatre grandes sphères :

- l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle,

- la santé,

- la culture,

- Le sport.

En matière d’éducation, l’accent est mis sur l’obligation de scolarité (avec en particulier la prise en charge des élèves à besoins spécifiques), la refonte pédagogique (notamment pour la promotion des filières mathématiques et techniques mathématiques), l’amélioration de la gouvernance du système éducatif, la professionnalisation des personnels par la formation, le soutien à la scolarité et le dialogue-concertation avec les partenaires sociaux.

Dans l’enseignement supérieur, les transformations nécessaires seront engagées pour dispenser un enseignement de qualité, la formation d’élites et de pôles de recherche de référence, à même de répondre aux attentes des entreprises, en leur offrant la ressource humaine devant leur permettre de se positionner dans un marché mondialisé.

Dans la formation professionnelle, les actions s’articulent autour de l’amélioration de la qualité de la formation et de l’enseignement technique, scientifique et technologique ; la mise en œuvre du baccalauréat professionnel ; la modernisation et la numérisation des activités ; l’amélioration de l’environnement et des conditions de travail.

En matière de santé et d’accessibilité aux soins, les axes prioritaires du plan d’actions du gouvernement ciblent principalement l’humanisation de l’activité de santé (notamment l’amélioration de l’accueil) et la couverture sanitaire de la population avec des mesures touchant principalement à :

- la normalisation, la gouvernance et l’organisation de l’offre de santé,

- la disponibilité des produits pharmaceutiques, tenant compte du développement d’industries du médicament et autres produits à usage médical devant atteindre 70 % de la production locales sur les génériques et 30% en produits de spécialité,

- le renforcement de la formation de professionnels de la santé,

- la prévention et la lutte contre les maladies transmissibles,

- la prise en charge des maladies non transmissibles et des risques liés à l’environnement et au climat,

- le renforcement des programmes spécifiques aux wilayas du Sud et des Hauts plateaux,

- la santé maternelle et infantile.

En matière de culture, l’école est mise au centre d’activités artistiques et culturelles pour l’ériger en « couveuse » des arts et de la créativité ; parallèlement à la valorisation et la promotion du patrimoine culturel, ainsi que l’encouragement de l’industrie cinématographique.

En matière de promotion des activités physiques et sportives et du sport d’élite, les actions du gouvernement visent à promouvoir le sport en milieu scolaire et universitaire et le sport communal, ainsi que les sportifs handisports et le sport féminin. Les jeunes expriment des besoins, pressants, récurrents et légitimes, à une formation de qualité, à l’accès aux connaissances, à des emplois et au respect. Ils sollicitent leur plus grande implication dans la vie économique, le bénéfice d’activités sportives et de loisirs (bibliothèques et salles de cinéma).

Le chapitre 5 traitant de la politique sociale met en évidence six axes d’efforts :

- l’accroissement et la consolidation du pouvoir d’achat du citoyen, par la revalorisation du salaire national minimum garanti (SNMG),

- la prise en charge des populations vulnérables, notamment les personnes handicapées et les personnes âgées,

- la préservation et la consolidation du système de sécurité sociale, en œuvrant à l’élargissement de la base cotisante et à l’intégration progressive des personnes actives occupées dans le secteur informel,

- l’accès au logement, en ciblant en priorité les ménages à faibles revenus, grâce au lancement d’un nouveau programme d’un million de logements avec les équipements d’accompagnement et les viabilités nécessaires durant le quinquennat 2020-2024,

- l’accès à l’eau potable,

- la réponse aux besoins de déplacement des personnes et des transports de marchandises par l’amélioration des conditions de mobilité en assurant un transport moderne et efficace répondant aux critères de sécurité, de confort, de gain de temps, de coûts et d’écologie.

La politique sociale va de pair avec le nouveau cadre de vie de qualité projeté avec :

- l’aménagement du territoire et des projets intégrés,

- le respect des règles d’urbanisme et des normes,

- la préservation de l’environnement et le développement durable.

Au titre du chapitre 6, dédié à « une politique étrangère dynamique et proactive », d’une part, et au « renforcement de la sécurité et de la défense nationale », d’autre part, les objectifs impartis à la diplomatie algérienne s’inscrivent dans l’œuvre de renouveau national et d’édification d’une nouvelle République.

Il s’agit de conforter notre pays dans son rôle de « puissance régionale » fidèle à sa doctrine et à ses principes cardinaux de respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité des Etats, de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, de respect des règles de bon voisinage, de règlement pacifique des différends et de soutien aux causes justes.

Cette action est déployée sous le triptyque de « souveraineté, sécurité et développement ». L’ajustement requis des priorités de la politique extérieure :

- accordera un intérêt particulier à l’Afrique,

- accentuera notre présence et notre influence dans notre voisinage immédiat dans la région du Sahel et du Maghreb,

- renforcera la présence de notre pays dans les structures exécutives des organisations régionales et internationales dont il est membre.

La diplomatie économique qui accompagnera ce redéploiement sera matérialisée par la création d’une agence de coopération et de développement

De même qu’il sera procédé à la mise en place d’une diplomatie culturelle au service du rayonnement et de l’influence de notre pays, grâce au développement d’un réseau de centres et instituts culturels et d’écoles algériennes à l’étranger.

Par ailleurs, la communauté algérienne à l’étranger sera au cœur des préoccupations de la politique extérieure. Plus particulièrement, le gouvernement s’attellera à associer les compétences nationales à l’étranger au processus de renouveau national.

Enfin, s’agissant du renforcement de la sécurité et de la défense nationale, l’Armée nationale populaire poursuivra son action dans le cadre de ses missions constitutionnelles de défense et de souveraineté nationales, par des efforts soutenus en matière de modernisation et de professionnalisation de ses composantes. La montée en puissance de ses moyens matériels et humains sera proportionnelle à l’ampleur de la menace provenant notamment du Sud, du Sud-Est et des espaces maritime et aérien. L’Armée nationale populaire intensifiera la lutte contre les résidus du terrorisme, le trafic de drogue, la contrebande et l’immigration clandestine, en coopération avec les pays voisins dans un cadre aussi bien bilatéral que multilatéral, à travers les mécanismes opérationnels adaptés.

Le gouvernement appuiera le développement des secteurs de l’industrie et de recherche-développement de défense, ainsi que des capacités de cyber défense de l’ANP.

Enfin, outre sa contribution au désenclavement et à la sécurisation des zones frontalières, l’Armée nationale populaire poursuivra sa participation active à la prise en charge médicale et sanitaire des citoyens des zones enclavées, notamment au niveau des régions des hauts plateaux et du sud.

Le président de la République et son gouvernement sont déterminés à aller de l’avant avec toutes les forces patriotiques à travers le dialogue, la concertation et le partenariat sincère pour mettre définitivement à l’abri notre pays. Il y va de la responsabilité de toutes les forces politiques et des élites économiques, sociales et scientifiques, et de tous les citoyens et citoyennes pour se mobiliser et œuvrer ensemble pour bâtir cette Algérie pour laquelle se sont sacrifiés des millions de chouhada et de moudjahidine depuis 1830.

*Allocution du Premier ministre Abdelaziz Djerad présentée

en langue arabe au Conseil de la nation samedi 15 février 2020.

Traduction de la rédaction



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