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N° 120 - Avril 2019

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Dossier

« Nous sommes un acteur prépondérant du tissu industriel national »

Le général-major Rachid Chouaki, directeur des fabrications militaires

par Smail ROUHA



El-Djazair.com :  Voulez-vous mon général présenter succinctement à nos lecteurs la Direction des Fabrications Militaires ?     

Le général-major Rachid Chouaki: D’abord bienvenu au siège de la Direction des fabrications militaires. La DFM est une structure du ministère de la Défense nationale qui relève directement du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP. C’est l’outil chargé de développer et d’étendre la base industrielle et technologique au profit de l’Armée nationale populaire pour la satisfaction de ses besoins. Elle est également chargée de prendre part à la satisfaction des besoins nationaux en matière de matériels et services. Actuellement, la Direction des fabrications militaires assure la tutelle, dans le sens économique et administratif du terme, de neuf établissements à caractère industriel et commercial (EPIC). Ces EPIC disposent d’usines organiques ou bien de filiales, soit quarante sites industriels répartis sur l’ensemble du territoire national.


El-Djazair.com : Quel état de lieu pouvez-vous faire de l’industrie militaire tant au niveau quantitatif que qualificatif de 2012 à ce jour ? 

Le général-major Rachid Chouaki : Je vais essayer de vous donner quelques flashes d’autant que nous sommes en période d’élaboration du bilan annuel. Nous avons clôturé cette année avec un chiffre d’affaires de 130 milliards de dinars. Nous employons environ 25000 personnes à travers nos entreprises et leurs filiales. Nous avons satisfait les besoins de l’armée dans tous nos domaines d’activités en matière d’habillement, d’armement, de mobilités (véhicules lourds et légers et certains véhicules spéciaux) en travaillant à 80 % de nos capacités. Nous sommes un acteur prépondérant du tissu industriel national car la base industrielle de technologie que gère la Direction des fabrications militaires est complètement intégrée au tissu industriel national. Nous sommes une partie intégrante du tissu national. Pour répondre à votre question, je résumerais ma réponse à un point fondamental du fait que nous sommes à la fin d’un plan et à la veille d’un autre plan. Durant le plan 2014/2019, nous avions une feuille de route à exécuter conformément aux directives du Haut commandement et qui se situent dans le cadre de la politique économique de relance de notre appareil de production nationale. C’est ainsi que nous avons érigé quatre gros partenariats sur des sites industriels fermés auparavant et nous avons entamé une dizaine de projets.

El-Djazair.com : Justement, quelle est la contribution de votre structure au développement de l’économie nationale et notamment dans le processus de résorption du chômage ?   

Le général-major Rachid Chouaki : Nous sommes un outil de production et nous nous situons dans le tissu industriel national. Conformément aux directives du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, nous avons mis en place une politique de recrutement local afin de faire fonctionner ces nouvelles entreprises destinées à l’industrie militaire. Aussi je peux vous assurer que les 25000 employés, en plus des prochains recrutements pour la mise en exploitation des nouveaux projets, sont tous issus de la localité où nous implantons nos sites de productions. Nous nous inscrivons dans la règlementation de l’ANEM ( Agence nationale de l’emploi), nous participons dans les localités où nous sommes implantés à la résorption du chômage et surtout nous créons des emplois pérennes du fait que nous offrons aux jeunes recrutés une carrière professionnelle. Nous recrutons des primo-emplois car nous assurons leur formation au niveau de nos trois instituts de formation (Sidi Bel-Abbes, Tiaret, et Constantine). D’ailleurs, cette année nous comptons ouvrir deux autres instituts. Il y a lieu de souligner que nos instituts permettent d’assumer une formation quel que soit son degré aussi bien professionnel que spécifique. En effet, nos instituts permettent de ramener notre futur collaborateur aux exigences aussi bien de notre partenaire que du poste. Et grâce à une formation continue, notre collaborateur est maintenu à la hauteur du point de vue rendement-qualité au poste qu’il occupe et surtout le maintenir au up-to-day à même d’être au diapason des nouvelles technologies et innovations. C’est ce qui crée un attachement à nos entreprises conformément aux souhaits de nos partenaires. En effet, la formation est très importante aussi bien pour nous que pour notre partenaire technologique vu que l’absorption technologique nécessite une formation très approfondie et très pointue à tous les niveaux.

El-Djazair.com : Justement les programmes de formation sont-ils élaborés en partenariat ?

Le général-major Rachid Chouaki : Du fait que l’institut de formation est une partie intégrante de l’entreprise, nos programmes de formation de base sont élaborés en étroite collaboration avec nos partenaires. Ces partenaires interviennent beaucoup plus dans la langue car tous les plans de production sont anglais ou en allemand. Aussi nos employés suivent des programmes techniques de langue en mécatronique, électroniques et informatique. Le second point a trait à l’organisation scientifique du travail, élément primordial chez nos partenaires. L’objectif étant de définir une procédure optimale de travail du fait que la productivité d’une entreprise ne peut être améliorée qu’en décomposant les différentes étapes d’un travail, en cherchant les gestes les plus efficaces et rapides. Le troisième point concerne la formation spécialisée. Une formation assurée par les incubateurs-formateurs formés par nos partenaires. Concernant la promotion, elle ne se fait plus à l’ancienneté mais par concours interne. En somme, c’est une formation duale adoptée par les grands constructeurs à l’instar de Rheinmetall, de Daimler Mercedes dotés de leurs propres instituts et qui leur permettent de maintenir le rapport rendement-qualité.

El-Djazair.com : Toute industrie est tributaire du savoir. Quelle place occupe la Recherche et Développement (R&D) dans le processus de développement au niveau de votre direction ?

Le général-major Rachid Chouaki : Ce volet concerne l’autre formation Pour rappel, la Direction des fabrications militaires est l’outil du ministère de la Défense nationale pour maintenir et promouvoir une base industrielle et des technologies de défense. La base industrielle a trait à la production, à la maintenance, à la réparation, tandis que la technologie a trait à la recherche appliquée. De ce fait, c’est le ministère de la Défense nationale qui détermine la formation supérieure des 2e et 3e degrés. Aussi, nous bénéficions de l’apport de la formation universitaire nationale, en plus de l’Ecole militaire polytechnique dont je suis issu. Nous bénéficions également du recrutement sur titre des grands pôles universitaires nationaux tournés vers les disciplines technologiques, électroniques, mécaniques, robotiques… En outre, chaque année, nous envoyons à l’étranger pour préparer des post-graduations en master ou doctorat au niveau des grandes universités du monde. Durant le dernier quinquennat, nous avons globalement formé 300 personnes en post-graduation 2e et 3e degrés. L’objectif est de rendre le terme de transfert technologique caduc, en le remplaçant petit à petit par l’absorption technologique, et d’acquérir le know-how car grâce au partenariat nous devons associer la concession de licences de production avec l’exploitation selon tous les standards du partenaire. A ce titre, il est important de signaler que la Direction des fabrications militaires dispose d’un Institut de Recherche et Développement œuvrant dans les technologies de défense et qu’au niveau de chaque établissement, une Unité de Recherche et de Développement active dans les technologies et périmètres spécifiques à cet établissement. 

El-Djazair.com : A ce propos, qu’en est-il de la sous-traitance et du taux d’intégration notamment dans le secteur mécanique ?

Le général-major Rachid Chouaki : Pour la stratégie industrielle, arrêtée pour la plateforme de mobilité, trois axes d’effort ont été fixés par le haut commandement :création de quatre pôles mécaniques à Rouiba sur le site de la SNVI (production de camions lourds de marque Mercedes Benz), à Tiaret sur le site de l’ex-Fatia (production de véhicules utilitaires), à Ain-Smara et Khenchela (production de véhicules spéciaux) sur d’anciens sites industriels remis à niveau.création du pôle moteur de marque Mercedes Benz, Deutz et MTU destiné àtous les véhicules produits sur les sites cités plus haut. Ceci constitue déjà une forme d’intégration locale importante.la Direction des fabrications militaires conduit actuellement un projet de fédération des usines de mécanique existant (fonderie, forge et atelier d’usinage) pour ériger un pôle de production des composants des moteurs fabriqués à Oued Hamimime qui constituera le parachèvement de la filière industrie des véhicules.Cette intégration sera conduite avec le partenaire technologique et englobera la modernisation des sites et la concession des licences des organes à fabriquer.  

El-Djazair.com : Quelles sont les grandes lignes de la stratégie de l’ANP dans le cadre de sa contribution à la relance de l’économie nationale à travers la mise en place d’une base industrielle solide?

Le général-major Rachid Chouaki : Du fait que nous considérons que l’industrie mécanique algérienne est une industrie devant être mise à niveau, nous avons exploité le site de Tiaret fermé en installant l’usine Mercedes. Nous avons installé une usine de véhicules militaires 4x4 au niveau de l’usine fermée de bois de Khenchela. Nous avons récupéré l’« unité Prometal » fermée de Khenchela pour y installer une usine de mécanique. Nous avons rouvert un site fermé de l’ENIE à Sidi Bel-Abbes pour installer une usine de production de systèmes électroniques. Nous avons aussi rouvert un complexe de chaussures à Bou-Saada. Par notre contribution, nous essayons de rouvrir des sites industriels fermés. Quant à l’intégration stratégique, notre objectif est de fabriquer des pièces de renouvellement dans une première phase pour passer ensuite aux pièces de première-monte. Un projet que nous comptons mettre en œuvre cette année 2019 du fait que nous disposons de forge à Rouiba, une fonderie à Rouiba et une autre à Tiaret, une unité d’usinage au niveau de German à Constantine.En outre, et concernant l’emboutissage et avec la modernisation du complexe de Rouiba, nous escomptons fabriquer à l’avenir la cabine du camion. En fédérant toutes ces usines, que nous comptons outiller en machines à commande numérique, nous commencerons la fabrication de pièces de renouvellement pour la maintenance et la réparation. Ainsi, nous allons équiper en pièces de rechange tous les magasins de l’ANP qui assure par ses propres moyens la rénovation et la réparation de son parc roulant. Et nous allons fournir le secteur national en matière de pièces de rechange. Parallèlement, nous sommes sur un projet de fabrication de pièces de consommation notamment de batteries agréées par Daimler et les grandes marques de constructeurs. Nous sommes également sur une usine de pneus. Pour ce projet, nous sommes en discussions avec Sonatrach pour la matière première car le pneu est composé à 60% de butadiène, matière synthétique issue de la pétrochimie. D’autre part, tous les systèmes électroniques embarqués de nos véhicules militaires seront fabriqués dans notre complexe à Sidi Bel-Abbes, en partenariat avec un groupe allemand. En outre, pour cette année, nous visons le démarrage de la fabrication de certaines pièces composant le moteur du fait qu’il est un ensemble mécanique. Pour ce faire, nous comptons créer un groupe économique national entre la forge et la fonderie de Rouiba, la fonderie acier de Tiaret, et l’usinage de German à Constantine. Ensuite nous passerons à la pièce de première monte de Daimler et de MTU, car ce dernier est également spécialisé dans la fabrication de moteur marins. La troisième marque est Deutz pour les engins de travaux publics, groupes électrogènes et machines agricoles. Il faut savoir que lors de la signature du partenariat à Oued Hamimime, nous avons choisi ces trois grandes marques pour couvrir l’ensemble des moteurs diesel à refroidissement à eau. Pour ce troisième moteur, nous avons négocié directement pour les pièces de première monte.  Concernant le chapitre de la sous-traitance, il y a matière à asseoir des investissements privés notamment pour la fabrication des petits accessoires et garnitures de véhicules.  

El-Djazair.com : Vous avez déclaré que le partenariat aujourd’hui consiste aussi à ne plus solliciter en permanence les ressources de l’Etat, le partenariat, c’est mener des négociations financières à même de ramener de l’investissement étranger (investissement direct étranger). Est-ce le cas actuellement ?     

Le général-major Rachid Chouaki : A la Direction des fabrications militaires, nous sommes les précurseurs dans le partenariat, puisque c’est en 2009 que nous avons commencé à négocier des partenariats pour sortir du budget public. A titre d’exemple, à Sidi Bel-Abbes, nous avons monté avec les Allemands une société mixte d’un capital de 50 millions d’euros et qui a servi à l’acquisition, sans pour autant faire appel au budget de l’Etat. Pour ses autres acquisitions, la société mixte a contracté un crédit bancaire à un taux bonifié qu’elle rembourse au fur et à mesure. Nous avons en outre sollicité un prêt auprès de l’Etat pour construire l’infrastructure de base. Un bien relevant du domaine militaire. Il en est de même à Tiaret, à Ain Smara, à Oued Hamimime. Nous n’avons jamais bénéficié d’autorisation de programmes, ni de crédit de paiement. Nos sociétés communes fonctionnent grâce à leurs propres fonds de roulement et de bénéfices.       

El-Djazair.com : Plusieurs partenariats ont été contractés avec des firmes internationales. A votre avis, ces partenariats sont-ils un gage de crédibilité et de solvabilité de l’Algérie ?   

Le général-major Rachid Chouaki: Généralement dans les partenariats, plusieurs facteurs sont pris en considération dont la stabilité de l’environnement et des vis-à-vis. A nos débuts, l’image de l’ANP a également pesé de son poids dont la venue des Fonds d’investissements et des partenaires technologiques. Il faut reconnaitre aussi que l’Algérie est un pays très stable et ouvert aux investissements directs étrangers. En outre, nous présentons l’image d’une Armée organisée, professionnelle. Tous ces paramètres font que les Italiens, les Russes, les Chinois, les Allemands ainsi que les Emiratis et autres n’ont pas hésité à venir investir en Algérie. Notre meilleure publicité est la réussite de nos partenariats puisque quatre ans après nous dégageons des bénéfices.           

El-Djazair.com : Hormis le secteur mécanique quels sont les autres secteurs que vous comptez investir?   

Le général-major Rachid Chouaki : En tant qu’outil du ministère de la Défense nationale chargé de maintenir et de promouvoir une base industrielle et des technologies de défense, nous nous situons en droite ligne de la professionnalisation et de la modernisation de l’ANP et nous nous situons également dans le cadre de l’intégration à même de permettre à l’armée de compter sur ses propres ressources. Et c’est loin d’être des ambitions démesurées. Actuellement, nous finalisons un partenariat avec une société italienne pour la production d’hélicoptères à Ain Arnat dans la wilaya de Sétif, en plus d’autres partenariats pour la production du blindage en composite pour intégrer davantage notre production. Un composite utilisé dans la fabrication de casques militaires au niveau de l’unité de Souk-Ahras, le gilet pare-balles au centre du pays. Pour les plaques de blindage, nous comptons installer une usine à Tébessa. En outre, dans notre plan de développement, nous comptons fabriquer les produits énergétiques, notamment la poudre propulsive, d’autant que l’Algérie est leader en Afrique en matière de production d’explosifs à usage civil. Ce sont autant de perspectives d’exportations. Par ailleurs, les complexes relevant de l’Entreprise algérienne de textile industriel et technique, implantés à Souk-Ahras, Batna, M’sila, Draa Ben Khedda, Bejaia, Sebdou et Tlemcen, au titre d’une société, dont le capital est détenu à 60% par une entreprise de la DFM et qui a fait l’objet d’un large plan de modernisation. Ces sociétés, chacune dans son domaine, approvisionnent les unités de l’ANP en différents produits.

El-Djazair.com : Qu’en est-il des nouvelles technologies ?   

Le général-major Rachid Chouaki : On ne peut pas parler des nouvelles technologies dont la mesure ou toute notre action a porté sur la modernisation à outrance des sites existants et à l’implantation des technologies avérées, détenues par des partenaires de renom (Daimler, Rheinmetall, Leonardo…).A ce titre, les marques et la modernité des produits fabriqués par la DFM, à travers ces partenariats, sont en tous points conformes à ceux sortant des usines de ces partenaires dans leurs pays. Enfin, il est important de signaler que les usines de la DFM ainsi que ses centres de Recherche & Développement investissent actuellement les domaines des Energies renouvelables pour les besoins des unités militaires installées dans le grand Sud. Par ailleurs, les centres de Recherche & Développement de la DFM sont assez avancés dans le domaine de la robotique.

El-Djazair.com : Nous vous laissons conclure cet entretien…

Le général-major Rachid Chouaki: Le développement de cette base industrielle et technologique a permis de répondre aux besoins de l’ANP pour une autonomie d’approvisionnements dans certaines gammes de produits. Comme elle a permis la promotion du capital humain qui ne cesse d’afficher une volonté de bien faire. Le partenariat nous a permis d’instaurer un système de formation continue. Ailleurs, chaque usine possède son propre centre de formation car la formation est un élément déterminant dans le maintien de la qualité. Il faut s’ouvrir sur les normes mondiales car le gain de la qualité n’a pas de prix.    S. R.



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